Rachel Goldberg-Polin s'exprime sur le deuil et la positivité toxique
Rachel Goldberg-Polin s'est exprimée à Jérusalem sur le deuil post-7 octobre, mettant en garde contre la positivité toxique et les attentes normatives face au traumatisme.

Rachel Goldberg-Polin, dont le fils Hersh Goldberg-Polin a été enlevé dans la bande de Gaza le 7 octobre et assassiné en captivité par le Hamas après 328 jours, s'exprimait mercredi lors d'une conférence sur la santé à Jérusalem. Elle est revenue sur son deuil et sur la difficulté de faire face aux attentes de l'entourage qui espère la voir retrouver une vie normale.
"Nous avons l'air d'aller bien, mais nous ne allons pas bien", a-t-elle déclaré. "Quand les gens me demandent : 'Tu te sens mieux ? Tu vas bien ? Comment ça va ?', je me dis : j'ai le cœur brisé et l'âme brisée. J'ai un poignard planté dans la poitrine, pourquoi ne le voyez-vous pas ?" Elle a reconnu que ces questions naissent d'une profonde bienveillance et d'un manque de mots face à la tragédie.
Le refus de la "positivité toxique"
Évoquant la tendance à parler de résilience et d'espoir depuis le 7 octobre, Goldberg-Polin a rejeté l'idée d'une guérison linéaire. "Ce n'articule pas une histoire où j'étais au plus bas et où, comme un phénix, je suis redevenue forte", a-t-elle expliqué. Son livre, "When We See You Again", aborde l'amour, la douleur et le combat face à la perte de son fils.
Elle a mis en garde contre la "positivité toxique", qui consiste à rassurer hâtivement les personnes traumatisées en leur promettant que "tout ira bien" au lieu d'accueillir leur souffrance.
"Cela vient d'un bel endroit, mais c'est mal orienté", a-t-elle affirmé, soulignant qu'étouffer l'expression de la détresse émotionnelle peut constituer une agression supplémentaire.
Des parcours de deuil singuliers
L'intervenante a souligné que même au sein d'une même famille, le choc est vécu différemment. Avec son mari Jon et leurs filles, elle a traversé la même catastrophe, mais chacun porte des blessures singulières, comparant l'événement à des passagers d'une voiture frappée par un train, chacun portant des traumatismes propres.
En conclusion, elle a appelé à aborder les victimes de traumatismes en s'adaptant à leurs besoins réels. "C'est le travail le plus difficile : voir la personne dans ses propres chaussures et lui demander comment l'aider", a-t-elle conclu.




