Commandant de la brigade Guivati : Tsahal maintient ses lignes de défense
Trois ans de guerre, le commandant de la brigade Guivati, le colonel Netanel Simcha, revient sur la situation à Gaza et au Liban, la résilience de Tsahal et le moral des troupes.

Trois ans après le début de la guerre, la brigade Guivati demeure l'une des unités de combat les plus emblématiques de Tsahal, après avoir passé deux années consécutives d'opérations dans la bande de Gaza. Dans un entretien marquant le troisième anniversaire du conflit, le commandant de la brigade, le colonel Netanel Simcha, est revenu sur la situation sécuritaire actuelle, les défis liés à la transition des manœuvres actives vers des routines défensives, ainsi que sur le moral de ses troupes.
« La situation à Gaza est beaucoup plus calme aujourd'hui », a déclaré le colonel Simcha. « Le Hamas existe toujours, et nous devons tenir la ligne jaune. Cependant, nous avons neutralisé 80 % des capacités significatives du Hamas et détruit 90 % de ses tunnels. Le Hamas possède encore des kalachnikovs, des roquettes à courte portée et d'autres équipements. Des terroristes peuvent encore tenter de s'infiltrer dans des avant-postes ou de s'approcher de la clôture. Mais le Hamas n'a plus la capacité de mener des raids contre les localités. C'est pourquoi nous restons sur la ligne jaune. Je n'entrevois aucune réalité dans laquelle nous abandonnerions cette position. »
Se souvenir du 7 octobre et reconstruire la confiance
Le colonel Simcha a souligné que ce calme relatif ne devait en aucun cas engendrer de la complaisance, appelant à une vigilance constante et au souvenir quotidien des événements du 7 octobre 2023. Tout en saluant la résilience de l'armée, il a affirmé qu'aucune autre institution militaire n'aurait pu se relever avec autant d'efficacité d'un tel échec initial pour obtenir des résultats décisifs face au Hamas, à l'Iran et au « Hezbollah ».
Abordant la question de la confiance publique envers l'armée, Simcha a admis que celle-ci n'avait pas encore totalement retrouvé son niveau d'avant-guerre. « C'est un processus profond. Les opérations à Gaza, au Liban, en Iran et ailleurs contribuent à rebâtir cette confiance. Nous étions tous prisonniers d'une conception erronée. Je ne minimise pas ce qui nous est arrivé. Nous sommes une société qui ne recherche pas la guerre ; nous aspirons à vivre en paix aux côtés de nos voisins, mais ce n'est pas leur cas. Une prise de conscience a eu lieu au sein de Tsahal. J'espère que cela durera plus de cinquante ans. Notre défi à tous sera de préserver cet acquis sur le long terme. »
Depuis le début du conflit, la brigade Guivati a perdu 82 de ses combattants. Huit d'entre eux ont péri lors des combats dans le sud du Liban, principalement en raison de drones piégés. Le commandant a souligné que l'étape opérationnelle la plus marquante de son mandat a été l'opération « Chars de Gédéon II », qui a permis de rapatrier les dépouilles de soldats tombés au front, notamment Hadar Goldin et Asaf Hamami.
Manœuvres à Gaza et bataille pour la crête de Beaufort
À la issue des opérations intensives dans la bande de Gaza, la brigade Guivati a été déployée pour la première fois de la guerre sur la frontière nord, participant ensuite à des combats acharnés dans le sud du Liban, notamment à Al-Khiam, Einata, Bint Jbeil et sur la crête de Beaufort. Les soldats de la brigade ont figuré parmi les premiers à traverser le fleuve Litani lors de l'offensive visant à s'emparer de la position de Beaufort.
Évoquant la menace des drones explosifs dans le nord, qui a coûté la vie à plusieurs militaires, Simcha a reconnu les difficultés initiales tout en saluant les progrès réalisés en matière de systèmes de défense, de radars et de dispositifs d'alerte. « Rien n'est jamais garanti à 100 %, pas même les gilets en céramique. Mais la situation actuelle est bien meilleure que lorsque nous sommes entrés en lice face à cette menace », a-t-il affirmé.
Maintien du moral et gestion de la discipline
Malgré trois années de combats ininterrompus, le colonel Simcha a assuré ne pas observer de fatigue opérationnelle excessive parmi les conscrits et les officiers d'active. « J'ai eu le privilège de commander les meilleurs combattants et officiers de Tsahal. Tous les huit mois, les commandants de compagnie sont renouvelés, et tous les deux ans, les commandants de bataillon tournent. Dans une brigade active, je ne ressens pas l'épuisement. Les jeunes veulent assister et encadrer », a-t-il expliqué.
Interrogé sur un récent incident disciplinaire survenu au sein du bataillon Tzabar, où des soldats avaient brièvement déserté leur base à la suite d'un différend concernant des insignes non réglementaires, Simcha a expliqué que cet épisode découlait de la transition complexe entre les manœuvres intenses et le retour aux règles rigoureuses de la caserne. Il a précisé que le problème impliquait des soldats plus anciens ayant intimidé de jeunes recrues, ce qui a entraîné une intervention rapide de la hiérarchie et la révocation des fauteurs de troubles.
Enfin, évoquant le climat politique tendu à l'approche des élections, le colonel Simcha a insisté sur l'unité qui règne au sein des rangs de son unité. « Dans la brigade Guivati, il y a de tout : des nationalistes religieux, des laïcs, des habitants d'Eilat et de Metoula. À l'intérieur d'un véhicule blindé ou d'un char, la cohésion est réelle. J'ai des soldats qui votent pour « Otzma Yehudit » et d'autres pour Yaïr Golan, et je laisse de la place à chacun. Ils ne doivent jamais connaître mes opinions politiques ; tout le monde doit se sentir à l'aise en servant à Guivati. »





