Les taux obligataires français au plus haut face aux tensions politiques

Les rendements des obligations françaises atteignent un record depuis 2011 sur fond de manifestations et d'un déficit budgétaire prévu à 5,5 % en 2026. La Banque Leumi analyse les défis macroéconomiques de la deuxième économie européenne.

Les taux obligataires français au plus haut face aux tensions politiques
Photo d'illustration FilIsrael : AI Generated

La France traverse une période de turbulences économiques et politiques marquées par des manifestations d'envergure et une envolée spectaculaire des rendements des obligations souveraines. Selon Yaron Friedman, chef de la recherche au département des investissements de la Banque Leumi, l'écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes à dix ans a atteint près de 170 points de base (1,7 %), un plus haut depuis 2011.

Déficit budgétaire et blocage politique

Cette nervosité des marchés reflète des déséquilibres structurels profonds, alimentés par un déficit public qui devrait atteindre 5,5 % du PIB en 2026, loin de la limite de 3 % fixée par l'Union européenne, tandis que le ratio de la dette s'établit à près de 120 %. En comparaison, l'Allemagne affiche un déficit de 3,8 % et une dette représentant entre 60 % et 65 % du PIB.

La situation est aggravée par une profonde polarisation politique. Le président Emmanuel Macron peine à faire adopter ses budgets face à une Assemblée divisée entre la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon et l'extrême droite de Marine Le Pen, créant un vide au centre de l'échiquier politique.

Facteurs énergétiques et inflation

Sur le plan énergétique, la hausse des cours du pétrole brut Brent, qui ont frôlé les 117 dollars le baril en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et en Ukraine, pèse sur l'ensemble de l'économie européenne. L'absence de gaz russe et les perturbations dans le détroit d'Ormuz renforcent la dépendance aux approvisionnements américains plus coûteux.

La France bénéficie toutefois d'un avantage comparatif grâce à son parc nucléaire qui assure une large part de sa production électrique. Néanmoins, la persistance des coûts de l'énergie alimente l'inflation à travers tout le continent.

Perspectives pour les marchés

Malgré l'élargissement des spreads obligataires, les analystes rappellent que la France dispose de fondamentaux solides. « La France n'est pas la Grèce de 2008 », souligne Yaron Friedman, en évoquant la puissance des secteurs industriel, agricole et touristique du pays. Si des réformes structurelles demeurent nécessaires, la surévaluation actuelle du risque souverain pourrait inciter les investisseurs à se repositionner à moyen terme.

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