« Et le sage se taira en ce temps-là » : en politique, il faut aussi savoir quand se taire

Yaïr Golan, président des Démocrates, a déjà prouvé qu'il sait mener des combattants au combat. Maintenant, il doit prouver qu'il sait mener un camp. Pour cela, Golan doit comprendre que toute pensée ne doit pas nécessairement devenir un titre, et pour attirer les indécis, il faut savoir leur parler aussi.

WallaAuteur : Liat Ron
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« Et le sage se taira en ce temps-là » : en politique, il faut aussi savoir quand se taire
Photo : צילום: Walla.co.il

Le doigt n'a pas encore appuyé sur la détente, vous contrôlez la balle. Au moment où elle est tirée, il n'y a plus moyen de la faire revenir. Il en va de même pour les mots. Tant que vous ne les avez pas prononcés, vous décidez si et quand les utiliser. Dès l'instant où les mots sortent de la bouche, ils gèrent l'ordre du jour, les titres, les explications et les dégâts. L'ancien commandant estimé n'a pas encore achevé la transition de l'uniforme à la politique.

Sur le champ de bataille, il faut savoir quand appuyer sur la détente. En politique, il est bien plus important de savoir quand ne pas le faire. Mainte et mainte fois, il tire trop vite, et les balles qui touchent ne sont pas ses adversaires politiques, mais bien le camp qu'il cherche à diriger.

Il se peut qu'il ait raison. Mais la droiture seule ne gagne pas les élections. Aux élections, on ne distribue pas de prix pour la justesse de la voie. Aux élections, on distribue des mandats. Celui qui ne comprend pas cela risque de se retrouver juste, intègre et cohérent, mais sans aucune capacité à mettre en œuvre tout ce en quoi il croit.

On ne gagne pas les élections si l'on ne parle qu'à ceux qui sont déjà d'accord avec vous. Ces voix, vous les avez déjà. Les élections sont tranchées par les indécis, les électeurs du centre et les personnes de droite modérée qui cherchent une alternative. C'est à eux qu'il faut parler. C'est eux qu'il faut convaincre. Et surtout, il ne faut pas les faire fuir. Chaque déclaration sur un État palestinien, chaque discussion sur l'évacuation des implantations et chaque phrase qui permet au Likoud de dépeindre le bloc du changement comme un bloc d'extrême gauche éloigne précisément les personnes sans lesquelles il n'y a aucune chance de changer de gouvernement.

Ce n'est plus une erreur ponctuelle. C'est un schéma qui se répète depuis des années. Du « discours sur les processus », en passant par la phrase sur les « bébés comme passe-temps », jusqu'à la déclaration sur le public ultra-orthodoxe, pour atteindre son apogée dans l'explosion avec Avigdor Lieberman. À chaque fois, le même parcours. Le président des Démocrates dit ce qu'il pense. La tempête éclate. Ensuite viennent les clarifications. Ensuite, tout le parti est occupé par les explications, et pendant ce temps, le gouvernement disparaît de l'ordre du jour.

C'est là sa tragédie. Yaïr Golan ne perd pas les débats parce que ses positions sont faibles. Il perd parce que leur timing est mauvais. Il ne perd pas de mandats parce qu'il n'est pas assez tranchant. Il les perd parce qu'il n'est pas assez retenu. En politique, le silence est aussi un outil de travail, et il semble qu'il n'ait pas encore appris à utiliser cet outil.

Ce qui rend l'histoire encore plus frustrante, c'est que précisément aujourd'hui, les Démocrates ont une excellente équipe. Gilad Kariv, Naama Lazimi, Efrat Rayten et d'autres députés de la Knesset travaillent dur, exposent les manquements, promeuvent la législation et luttent sur des sujets qui préoccupent le public. Ils essaient d'élargir le camp et de convaincre de plus en plus de gens qu'il est temps de changer de gouvernement. Et puis arrive une autre phrase du président, et tous les projecteurs se tournent vers lui. Non pas à cause d'une réussite politique, mais à cause d'une tempête qui aurait pu être évitée avec une seconde de retenue.

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La politique est avant tout une profession de maîtrise de soi. Savoir ravaler une phrase, reporter une interview, ne pas répondre à chaque question et, surtout, comprendre que toute pensée ne doit pas nécessairement devenir un titre. Celui qui ne contrôle pas ses mots se laisse contrôler par eux. Celui qui ne sait pas choisir ses batailles découvrira très vite que la bataille l'a choisi.

Golan a prouvé depuis longtemps sa capacité à mener des combattants. Maintenant, il doit prouver qu'il sait mener un camp. La bataille pour l'opinion publique ne se gagne pas seulement avec du courage. Elle se gagne avec de la retenue, de la sophistication et la capacité à identifier la différence entre une phrase qui doit être dite et une phrase qu'il vaut mieux garder en tête.

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