La chaîne ABC présente Gadi Eisenkot comme le principal rival de Netanyahu
Un reportage de la chaîne australienne ABC présente Gadi Eisenkot comme le principal rival de Benjamin Netanyahu en vue des élections législatives israéliennes d'octobre 2026.
Le gouvernement de Benjamin Netanyahu fait face à ce qui pourrait être le tournant le plus décisif de son histoire politique. Un vaste reportage de profil publié par la chaîne australienne ABC, rédigé par les journalistes Matthew Doran et Sami Sokol dans le cadre de l'émission d'investigation « 7.30 », désigne Gadi Eisenkot — que Netanyahu avait lui-même nommé chef d'état-major de l'armée — comme le principal candidat pour évincer le Premier ministre lors des prochaines élections de la Knesset prévues le 27 octobre 2026.
Selon le rapport, la campagne électorale actuelle s'annonce comme l'une des plus cruciale de l'histoire d'Israël, qui célèbre près de huit décennies d'existence, sur fond d'années de guerres sur plusieurs fronts et de bouleversements sociaux profonds ayant menacé de déchirer le tissu national et d'exercer une pression sans précédent sur le statut international du pays.
Si l'on en croit les sondages actuels cités dans les médias australiens, la coalition de droite menée par Netanyahu et le parti du Likud devra faire face à un défi redoutable de la part du bloc d'opposition, qui devrait être mené par l'ancien chef d'état-major Eisenkot et son parti « Yashar! ». La chaîne note que le choix de ce nom n'est pas fortuit et reflète la revendication d'Eisenkot en faveur de l'honnêteté et de la transparence vis-à-vis des électeurs, après une mandature marquée par des dissimulations et des tromperies imputées au pouvoir en place.
Le contraste des styles de leadership
« Il faut comprendre qu'Eisenkot est tout ce que Netanyahu n'est pas », a expliqué au réseau ABC le professeur Gideon Rahat de l'Université hébraïque de Jérusalem. « Eisenkot a perdu son fils et son neveu dans la guerre à Gaza, tandis qu'au moins l'un des enfants de Netanyahu a passé la majeure partie du conflit à Miami. Netanyahu est un acteur, il parle un anglais parfait. L'anglais d'Eisenkot, en revanche, est moins assuré. C'est un homme du peuple, une personne ordinaire. »
Shaul Meridor, ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances et candidat du parti « Yashar! », a abondé dans ce sens en ajoutant que « quand Eisenkot dit quelque chose, il le pense. C'est un "mensch". Lorsque nous avons travaillé ensemble, j'ai vu un homme qui va au fond des choses et tente de résoudre les problèmes en profondeur. »
Le média australien souligne que l'actuel gouvernement de Netanyahu repose sur un accord de coalition complexe unissant au moins cinq partis, décrit comme le plus à droite de l'histoire d'Israël. Le reportage met particulièrement en avant l'influence des ministres Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, qui font l'objet de sanctions internationales — notamment de la part du gouvernement australien — en raison de leurs politiques et de leur rhétorique envers les Palestiniens.
Dynamiques de sondages et politiques
Les sondages d'opinion récents, tels que celui de la chaîne 13 mentionné dans le rapport, indiquent que le parti « Yashar! » pourrait devenir la plus grande faction de la Knesset avec 22 sièges, contre 21 pour le Likud. Cependant, l'équilibre des blocs reste totalement serré, le bloc d'Eisenkot et la coalition de Netanyahu totalisant chacun 53 mandats, laissant les deux camps sans majorité absolue et contraints de courtiser des partis mineurs.
À l'inverse, la chaîne 14, décrite dans le reportage comme la plus conservatrice d'Israël et le porte-voix du gouvernement, présente une perspective beaucoup plus favorable pour Netanyahu et sa coalition de droite. Le professeur Rahat a résumé la situation en déclarant que ces élections détermineront si Israël deviendra « une Sparte religieuse d'extrême droite, comme l'a indiqué Netanyahu, ou une démocratie libérale ».
Au-delà des luttes politiques, la campagne d'Eisenkot tente de capitaliser sur la colère populaire suscitée par le coût de la vie en Israël, régulièrement classé parmi les pays les plus chers de l'OCDE, ainsi que sur un sentiment croissant d'isolement international.
Politique étrangère et posture sécuritaire
Shaul Meridor a souligné lors d'un petit meeting de campagne à Motsa Eilit que le gouvernement actuel a cessé de dialoguer avec le monde. « Hormis l'administration Trump, qui est très importante, nous avons de nombreux amis aux États-Unis, en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Nous devons avoir des dirigeants qui recommenceront à leur parler », a-t-il déclaré aux participants.
Malgré des promesses d'ouverture diplomatique accrue, le reportage précise qu'aucun changement radical n'est attendu dans la politique de sécurité d'Israël sous la direction d'Eisenkot. L'ancien chef d'état-major, qui a démissionné du cabinet de guerre après avoir accusé Netanyahu de faire trainer le conflit pour des motifs politiques au détriment des otages, a clairement indiqué qu'il n'y aura aucun retrait de la bande de Gaza tant que le Hamas ne sera pas totalement désarmé, et a rejeté catégoriquement la création d'un État palestinien.
Le réseau australien a également rappelé à son audience qu'Eisenkot est l'architecte de la « doctrine Dahiya », élaborée lorsqu'il commandait le Commandement du Nord, qui prône l'usage d'une force disproportionnée pour dissuader les organisations terroristes telles que le Hezbollah.
Les fractures sociales fondamentales
En fin de compte, la bataille politique se résume à deux questions cruciales qui déchirent la société israélienne : la demande d'Eisenkot d'instaurer une commission d'enquête étatique et indépendante sur les failles du 7 octobre, et la question de la conscription des ultra-orthodoxes au sein de Tsahal, notamment à la lumière de la décision de la Cour suprême de 2024 jugeant illégale l'exemption générale.
De son côté, Netanyahu continue de s'opposer à une commission d'enquête officielle, estimant qu'elle servirait de chasse aux sorcières politique, tandis que les efforts pour rétablir les exemptions de service militaire continuent de déclencher de vastes vagues de protestation à travers le pays.


