Le réseau occulte des RP : comment des avocats orchestrent des campagnes
Une enquête du New York Times révèle un réseau occulte de relations publiques et d'avocats orchestrant des campagnes de diffamation en ligne pour détruire des réputations.
Une enquête d'envergure menée par The New York Times a mis en lumière un réseau clandestin de diffamation en ligne, combinant relations publiques de crise, services juridiques et dark web pour détruire la réputation de femmes impliquées dans des litiges personnels et judiciaires. Au cœur de cette opération figurent l'avocat de Los Angeles Bryan Freedman, la publiciste new-yorkaise Melissa Nathan et le stratégiste numérique texan Judd Wallace.
L'anatomie des campagnes de diffamation
Les poursuites judiciaires et les révélations de l'enquête dévoilent un mode opératoire glaçant. Lorsqu'une personne se retrouve en désaccord avec des clients puissants, des sites web anonymes et des centaines de faux profils surgissent soudainement en ligne. Ces plateformes diffusent des accusations infondées, amplifiées artificiellement par la manipulation d'algorithmes, des modifications sur Wikipédia et des attaques coordonnées sur des forums pour dominer les résultats de recherche Google.
Parmi les victimes figure la star hollywoodienne Blake Lively, visée par une campagne de représailles en 2024 après avoir accusé l'acteur et réalisateur Justin Baldoni de harcèlement sexuel. Bien que Lively ait fini par trouver un accord, la procédure judiciaire a révélé des liens étroits avec ce réseau d'ombre. De même, l'ancienne enfant star et militante Alexa Nikolas est devenue une cible après avoir révélé des documents judiciaires concernant Bryan Freedman. En l'espace d'une semaine, un site malveillant l'a qualifiée de criminelle manipulatrice.
Destruction ciblée et coûts exorbitants
Des personnalités du monde des affaires et des influenceurs ont également subi ces assauts numériques calculés. Anya Fernald, entrepreneuse dans le secteur de l'alimentation durable, a fait face à une avalanche de faux profils la dépeignant comme une escroc après avoir accusé le neuroscientifique Andrew Huberman — représenté par Freedman — d'abus. De son côté, l'influenceuse culinaire Paige Jimenez a été la cible d'une campagne odieuse l'accusant faussement d'être impliquée dans la mort de l'acteur Matthew Perry.
Des communications internes exhumées lors des enquêtes ont révélé l'ampleur financière de ces opérations. Des messages cryptés ont ainsi montré la publiciste Melissa Nathan expliquant à l'actrice Rebel Wilson le coût de la création d'un site de diffamation : « 110 000 dollars pour un site intraçable doté d'un serveur fantôme et d'une amplification algorithmique pendant trois mois. » Tandis que les accusés rejettent ces allégations, les victimes tentent de se reconstruire après des traumatismes profonds.
« Je ne sais plus à qui faire confiance. C'est une vie très solitaire », a confié Paige Jimenez, illustrant l'isolement dévastateur causé par ces cyberattaques.

