Ce drapeau ne doit jamais être mis en berne
La coutume courante lors des jours de deuil national a « sauté » un pays – qui a même demandé à la FIFA de ne pas figurer sur le ballon officiel de la Coupe du monde.

Un rectangle vert, une inscription blanche en arabe et une épée pointant vers la gauche — voilà à quoi ressemble le drapeau du Royaume d'Arabie saoudite, l'un des seuls drapeaux nationaux au monde à porter un texte religieux complet plutôt qu'un symbole abstrait. Son origine historique, la signification qui le sous-tend et les règles strictes d'utilisation en font un cas exceptionnel dans le monde de la vexillologie (l'étude des drapeaux).
La religion est l'État
Les racines du drapeau remontent au XVIIIe siècle, au mouvement religieux wahhabite, qui cherchait à purifier l'islam et à revenir à sa simplicité. À cette époque, les drapeaux verts (couleur de l'islam) étaient répandus dans la région arabe, portant la Shahada — le témoignage de la foi islamique : « Achhadou an la ilaha illa-Allah wa anna Muhammadan rasoulou-Allah » (« Je témoigne qu'il n'y a de dieu qu'Allah et que Mahomet est Son messager »). La maison des Saoud, qui a lié son destin au mouvement dès ses débuts, a adopté le drapeau vert comme symbole, avec une version légèrement raccourcie de la déclaration — « La ilaha illa-Allah, Muhammad rasoulou-Allah » — écrite dans la calligraphie ornée Thuluth.
Au début du XXe siècle, après qu'Abdelaziz ibn Saoud a conquis Riyad et commencé à construire ce qui deviendrait le Royaume d'Arabie saoudite, il a ajouté une épée blanche au drapeau, exprimant le caractère militaire de l'établissement, ainsi que la force et la justice. Au cours des décennies suivantes, le drapeau a connu plusieurs versions, notamment une bande blanche verticale et deux épées croisées, jusqu'à ce qu'en 1937 soit adopté le drapeau sous le format que nous connaissons aujourd'hui, et dans les années 70, la forme de l'épée sur le drapeau a été mise à jour et le design actuel a été établi.
Règles uniques
Le drapeau saoudien a bénéficié de plusieurs règles et implications qu'aucun autre drapeau n'a reçues : selon la loi, la lame de l'épée doit toujours pointer vers la gauche, conformément au sens de l'écriture arabe de droite à gauche, et l'inscription doit également toujours être dans le bon sens. C'est donc le seul drapeau au monde qui est imprimé séparément sur les deux côtés du tissu, afin que les deux faces ne soient pas l'image miroir l'une de l'autre.
De plus, comme le drapeau porte la déclaration sacrée pour les musulmans, la loi saoudienne le traite presque comme un objet sacré, et non seulement comme un symbole d'État : selon la loi sur le drapeau national, il est interdit de l'imprimer sur des vêtements, des produits de consommation ou des objets de décoration, et il est interdit de le poser sur le sol. Par conséquent, lorsque la Coupe du monde a eu lieu dans le pays, son drapeau était l'un des rares à ne pas figurer sur le ballon de football officiel du tournoi, afin de ne pas donner de coups de pied dans la déclaration sacrée.
Une autre règle unique qui n'a presque aucun parallèle : le drapeau saoudien n'est jamais mis en berne — même lors des jours de deuil national — car son abaissement est considéré comme une insulte au nom de Dieu qui y figure. Les seuls pays ayant une règle similaire sont l'Afghanistan et le Somaliland, qui affichent la Shahada, et l'Irak, qui inclut les mots « Allahu Akbar ».
Lorsqu'un drapeau s'use, la loi oblige l'organisme qui le possède à le détruire avec dignité, et non à le jeter comme un déchet ordinaire. Son pliage est également soumis à une procédure : la Shahada doit rester visible dans la partie supérieure du tissu plié, avec l'épée en dessous.



