Cas rare : une juge annule un contrat de mariage | « L'épouse a exploité la dépendance de son mari »
Le tribunal de Jérusalem a annulé un contrat de mariage vieux de 11 ans, jugeant qu'il avait été signé sous une dépendance extrême. La juge a conclu que le mari avait été manipulé, sans conseil juridique indépendant, pour signer un document qu'il croyait être une simple mesure de précaution. Les biens du couple seront désormais partagés équitablement.

Le tribunal de Jérusalem a annulé un contrat de mariage approuvé il y a 11 ans pour cause d'exploitation. La juge a déterminé que le contrat avait été signé alors que le mari était dans un état de dépendance extrême vis-à-vis de son épouse, et que son exécution aurait laissé l'homme sans aucune ressource.
Le contexte
Le couple, issu de la communauté Haredi, était marié depuis 28 ans et a quatre enfants. Au cours de leur union, ils ont acquis deux appartements, en partie grâce au capital des parents du mari. Dix-huit ans après leur mariage, des tensions ont conduit à la rédaction d'un contrat de mariage. Selon ce document, tous les biens immobiliers devenaient la propriété exclusive de l'épouse, chaque conjoint ne conservant que les droits sociaux et de retraite enregistrés à son propre nom.
Il y a trois ans, à l'approche du divorce, l'épouse a demandé au tribunal d'appliquer le contrat, ce qui a poussé le mari à demander son annulation.
La décision du tribunal
La juge Orit Ben-Dor Libel, du tribunal de la famille de Jérusalem, a estimé que le mari avait apporté la preuve qu'il n'avait pas signé le contrat de son plein gré. Il est apparu que le mari souffrait d'addictions et de problèmes d'endettement, dont l'épouse a tiré profit.
« Je suis convaincue qu'il a signé ce contrat, initié par la défenderesse et préparé par son avocat, sous contrainte. Il est unilatéral, signé sans que le plaignant ne reçoive de conseil indépendant ni ne participe à des négociations », a déclaré la juge.
Il a été prouvé que l'épouse avait induit son mari en erreur en lui présentant le contrat comme une simple « mesure de prévoyance » destinée à protéger les biens des créanciers, sans intention réelle de l'appliquer. En réalité, l'épouse contrôlait l'ensemble des finances familiales, allant jusqu'à interdire au mari d'avoir son propre compte bancaire.
Pourquoi cette décision est importante
La juge a qualifié le contrat d'« extrêmement déséquilibré », soulignant qu'il privait le mari de toute sécurité économique et de logement. Bien que les contrats de mariage visent à offrir une certitude juridique, ce verdict rappelle qu'ils ne sont pas à l'abri d'un contrôle judiciaire lorsqu'ils sont fondamentalement injustes.
L'avocat Amir Cohen, expert en droit de la famille, souligne que ce verdict exceptionnel démontre que les tribunaux n'hésitent pas à intervenir en cas de preuve de mauvaise foi et d'exploitation manifeste au sein du couple.





