Tensions en Azerbaïdjan autour des restrictions du hijab à l'école
Des manifestations agitent l'Azerbaïdjan suite à de nouvelles règles vestimentaires restreignant le hijab dans les écoles, entraînant grèves scolaires et perturbations d'Internet.
Des manifestations ont éclaté en Azerbaïdjan à la suite de la décision du gouvernement de durcir les règles vestimentaires dans les établissements d'enseignement public, restreignant de fait le port du hijab pour les élèves et les enseignants. Ces nouvelles règles, introduites par des décrets présidentiels et des directives gouvernementales au cours des derniers mois, visent à préserver le caractère laïc du système éducatif public mais ont suscité une vive indignation.
La controverse autour des codes vestimentaires
Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux et dans les médias régionaux ont montré des élèves portant le hijab se voir refuser l'entrée des écoles, aux côtés d'enseignantes et d'élèves en pleurs contraintes de quitter les établissements. L'Azerbaïdjan, pays à majorité musulmane chiite doté d'une identité laïque affirmée, maintient une stricte séparation entre la religion et l'État tout en entretenant des relations diplomatiques avec divers partenaires internationaux.
Selon des rapports d'Al Jazeera et du média régional OC Media, la fronde s'est étendue bien au-delà des élèves touchées. Des écoliers de plusieurs établissements ont boycotté les cours par solidarité, tandis que des religieux, des journalistes et des militants associatifs ont rejoint le débat. Bien que les règlements n'interdisent pas explicitement le hijab, ils utilisent des formulations générales concernant la laïcité et l'uniforme scolaire, laissant l'application à la discrétion des conseils pédagogiques.
Répression contre les enseignants et manifestations de solidarité
Les restrictions ont également visé le personnel éducatif. Dans des villes comme Sumgayit et Bakou, des enseignantes ont signalé avoir reçu un ultimatum de la part des administrations scolaires : retirer le hijab ou démissionner. Des rapports ont indiqué qu'une enseignante portant le hijab dans l'école numéro 90 du quartier de Ramana à Bakou a été licenciée, provoquant des adieux émouvants de la part des élèves.
Les protestations ont même gagné les sphères politiques et carcérales. Le journaliste emprisonné Polad Aslanov a entamé une grève de la faim par l'intermédiaire de son épouse pour protester contre ces restrictions, tandis que la figure religieuse Avgul Suleymanov a été condamnée à de la détention administrative après avoir critiqué la mesure. Parallèlement, des perturbations importantes d'internet mobile et des restrictions d'accès à des plateformes telles qu'Instagram et TikTok ont été signalées.
Les nouvelles réglementations n'interdisent pas explicitement le hijab, mais utilisent des formulations générales concernant la laïcité, laissant place à l'interprétation des directions d'établissements.
Répercussions régionales en Turquie
La controverse a franchi les frontières pour atteindre la Turquie, proche alliée de l'Azerbaïdjan. Des manifestations ont eu lieu devant le consulat d'azerbaïdjan à Istanbul, où des manifestants ont exigé l'annulation de ces restrictions. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a récemment critiqué les interdictions de foulards dans les écoles lors de tribunes internationales, soulignant la sensibilité persistante de cette question dans la région.