La Turquie propose un accord maritime à l'Égypte en Méditerranée orientale
La Turquie propose à l'Égypte un accord de délimitation maritime en Méditerranée orientale, arguant d'un gain territorial potentiel pour Le Caire. Cette démarche intervient sur fond de tensions régionales concernant l'énergie.

La Turquie a proposé à l'Égypte de conclure un accord de délimitation des frontières maritimes en Méditerranée orientale, affirmant que cette initiative octuorait au Caire environ 15 000 kilomètres carrés supplémentaires par rapport à un arrangement potentiel avec la Grèce. Cette proposition intervient dans le sillage de la ratification par le Parlement libyen de l'accord maritime entre Ankara et la Libye, un texte qui suscite l'opposition égyptienne ainsi que les vives protestations de la Grèce et de Chypre. L'Union européenne a réitéré récemment le caractère illégal de cet accord.
Le ministre turc de la Défense, Yasar Guler, a dévoilé cette proposition lors d'un entretien accordé à la chaîne Star TV. D'après le quotidien turc Aydinlik, M. Guler a affirmé que son pays est disposé à signer un accord de délimitation des zones de juridiction maritime avec l'Égypte. Selon lui, cette formule s'avérerait bien plus avantageuse pour Le Caire que l'alternative grecque. Il convient de souligner que les chiffres avancés concernant l'extension territoriale relèvent d'une estimation unilatérale d'Ankara et ne font l'objet d'aucun consensus bilatéral.
Le site d'information égyptien Ahl a également relayé cette offre, en précisant que l'annonce ne comporte aucun détail définitif sur le tracé frontalier proposé, les mécanismes de négociation ou un calendrier précis de signature. Cette déclaration publique ne témoigne pas encore d'un accord en gestation ni d'une disposition égyptienne à engager des pourparlers sur cette base. Le média a mis en perspective cette démarche avec l'importance stratégique des gisements pétroliers et gaziers de la région ainsi qu'avec les différends persistants sur les droits d'exploitation.
Parallèlement, selon Aydinlik, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a suggéré la tenue de consultations quadripartites réunissant la Turquie, l'Égypte, la Libye et l'Italie sur les questions de délimitation maritime. M. Fidan a indiqué avoir transmis cette proposition à son homologue égyptien, Badr Abdelatty, tout en soulignant le soutien du président Recep Tayyip Erdogan à cette approche diplomatique.
Le Caire maintient ses réserves à l'égard du mémorandum turco-libyen. Dans un reportage consacré par la chaîne Al-Ghad à une réunion des ministres des Affaires étrangères à Istanbul, il a été souligné que M. Abdelatty a réitéré l'opposition égyptienne à cette ratification. Selon un communiqué du ministère égyptien des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie a insisté sur la nécessité de respecter le droit de la mer et la Convention des Nations unies de 1982, conformément aux principes d'équité et de justice entre les États. M. Fidan a exprimé sa compréhension face aux préoccupations égyptiennes tout en plaidant pour la poursuite du dialogue et de la coordination.
Ces développements s'inscrivent dans le prolongement d'un protocole d'accord signé en 2019 entre Ankara et le gouvernement de Tripoli dirigé par Fayez al-Sarraj. Le Parlement de l'Est libyen, qui s'était opposé à ce texte durant plusieurs années, l'a ratifié le 20 octobre. Cet accord porte sur la délimitation des zones maritimes dans le cadre d'un contentieux plus large relatif aux recherches et à l'exploitation des hydrocarbures en Méditerranée orientale.
Le journal égyptien Al-Youm Al-Sabea a rapporté que Le Caire considère ce mémorandum comme une atteinte directe à ses droits souverains dans sa zone économique exclusive et sur son plateau continental, réaffirmant que cette ratification ne lui est en rien opposable. L'Égypte a également rappelé qu'elle se réserve le droit de préserver ses intérêts conformément au droit international et de s'opposer à toute action unilatérale violant ses frontières maritimes.
Le contexte stratégique et la doctrine de la « Patrie bleue »
Cette offensive diplomatique en direction de la Libye et de l'Égypte s'inscrit dans le cadre d'une stratégie globale dite de la « Patrie bleue » (Mavi Vatan). Élaborée en 2006 par l'amiral turc Cem Gurdeniz, cette doctrine militaire et géopolitique vise à imposer l'hégémonie maritime de la Turquie dans les bassins environnants, tant sur le plan militaire qu'énergétique, afin de garantir l'indépendance économique du pays et son statut de puissance régionale.
La doctrine de la « Patrie bleue » définit des objectifs de contrôle répartis en deux cercles stratégiques. Le premier englobe les trois mers qui bordent le pays : la Méditerranée, la mer Égée et la mer Noire. Le second cercle stratégique intègre la mer Rouge, la mer Caspienne et la mer d'Oman, incluant le golfe Persique. Ankara cherche à consolider ses prérogatives dans ces espaces par le biais de sa puissance navale, de campagnes de prospection énergétique et de traités frontaliers.
En Méditerranée orientale, cette stratégie se heurte aux intérêts de la Grèce et de Chypre, notamment en ce qui concerne les droits maritimes des îles et la délimitation des plateaux continentaux. Alors que l'accord conclu avec la Libye illustre cette volonté d'affirmation, l'offre adressée à l'Égypte vise à légitimer les thèses turques en proposant au Caire des avantages territoriaux supérieurs à ceux que garantirait une entente avec Athènes.




