Tempête en Allemagne : des criminels chinois se sont fait passer pour des descendants de survivants de l'Holocauste
Une enquête du « Der Spiegel » a révélé une vaste fraude : des dizaines de ressortissants chinois sont soupçonnés d'avoir falsifié des racines juives pour obtenir la citoyenneté allemande. Au moins 16 personnes ont déjà obtenu des passeports en exploitant les histoires de véritables victimes du nazisme.

Une enquête du magazine allemand « Der Spiegel » a mis au jour une affaire de fraude massive dans laquelle des dizaines de personnes, pour la plupart des citoyens chinois, sont soupçonnées d'avoir obtenu la citoyenneté et des passeports allemands en falsifiant des documents et en inventant des liens familiaux avec des Juifs persécutés par le régime nazi.
Selon l'enquête, entre 2020 et 2025, les suspects ont déposé des demandes auprès de l'Office fédéral d'administration (BVA) à Cologne. Ils prétendaient être des descendants de personnes dont la citoyenneté avait été révoquée ou qui avaient été contraintes de fuir l'Allemagne. Pour étayer ces affirmations, les suspects ont fabriqué des biographies entières et soumis de faux documents.
Cas marquants et liens criminels
L'un des cas les plus notables concerne un criminel chinois connu sous le nom de « Liu H. », recherché en Chine pour enlèvement et meurtre. Il aurait utilisé plusieurs identités avant d'obtenir la citoyenneté et un passeport allemands sous le nom de « Derek Wong ». Cela lui a permis de voyager librement malgré les mandats d'arrêt internationaux. Lors de son interrogatoire, il est apparu qu'il avait versé environ 600 000 dollars à des intermédiaires pour obtenir ces documents.
Il prétendait être le petit-fils de Karl Siegfried et Gertrude Susskind, des personnes réelles ayant fui le régime nazi vers Israël. Cependant, les autorités allemandes n'ont trouvé aucune preuve de lien familial entre eux et « Derek Wong ».
Une méthode similaire a été utilisée par « Tian Si », qui a obtenu la citoyenneté en 2024. Il dirigeait une société de microcrédit en Chine et est soupçonné d'une fraude massive avant de fuir la justice. Un autre suspect, « Ou Jia Y. », accusé d'avoir dirigé une pyramide de Ponzi, s'est également fait passer pour un descendant de survivants de l'Holocauste, allant jusqu'à prétendre être le frère de « Derek Wong ».
Exploitation d'histoires familiales réelles
Les fraudeurs ont utilisé des informations sur de véritables familles juives — telles que les Warshawski, Susskind, Drucker et Ratzkowski — disponibles dans les archives publiques. Tamir Rosenblum, petit-fils d'Arthur et Ruth Ratzkowski, a qualifié d'« écœurante » l'exploitation de l'histoire de sa famille persécutée par les nazis.
Les enquêteurs ont découvert des correspondances dans lesquelles les suspects s'instruisaient mutuellement sur la manière d'éviter les contrôles aux frontières. Ils conseillaient d'invoquer l'article 116 de la Loi fondamentale allemande, qui offre une voie de restauration de la citoyenneté aux descendants de victimes du nazisme et permet de préserver la confidentialité des détails personnels.
Étendue de l'enquête
Depuis 2021, environ 52 000 personnes ont obtenu la citoyenneté allemande en vertu de cette disposition. En 2025, un nombre record de 14 148 demandes a été enregistré. Le parquet de Düsseldorf et la police criminelle fédérale (BKA) soupçonnent actuellement 32 personnes de fraude, dont la moitié a déjà reçu un passeport.
L'enquête implique également des citoyens israéliens, dont un médecin et un psychiatre ayant travaillé en Allemagne et en Israël. Les autorités allemandes ont soumis des demandes d'entraide judiciaire à Israël et au Canada. Si les allégations sont confirmées, la citoyenneté obtenue frauduleusement pourra être révoquée, bien que la procédure soit complexe car la plupart des suspects résident hors d'Allemagne.




