SpaceX face à une « bombe à retardement » avec la fin des périodes de blocage
SpaceX publie cette semaine ses premiers résultats financiers en tant que société cotée, marquant le début de la libération progressive des actions bloquées. Si cet afflux d'offre pourrait accroître la volatilité, les analystes restent optimistes sur le potentiel de croissance à long terme du titre.

La plus grande introduction en bourse de l'histoire a eu lieu en juin dernier, lorsque le géant spatial SpaceX d'Elon Musk a levé 75 milliards de dollars pour une valorisation de 1,77 billion de dollars. Après un bond initial de 50 %, le titre a connu une correction et se négocie désormais 20 % en dessous de son prix d'introduction et 46 % sous son sommet historique. Cette semaine, SpaceX entame une phase charnière : la publication de ses premiers rapports financiers mardi, suivie jeudi par la libération de la première tranche d'actions bloquées.
Qu'est-ce qu'une période de blocage (lock-up) ?
Lors d'une introduction en bourse, les actions des actionnaires historiques sont généralement soumises à une période de blocage. Cette libération, souvent échelonnée, n'est pas qu'une formalité technique. Pour SpaceX, l'introduction en bourse ne portait que sur une fraction limitée du capital — environ 4,9 % selon la banque Cantor.
Selon le prospectus, un « pool » d'actions est bloqué pour une durée allant jusqu'à 180 jours. Cette semaine, environ 912 millions d'actions (6,9 %) seront libérées. Quinze jours plus tard, 319 millions supplémentaires seront disponibles, et d'ici la fin de l'année, le nombre d'actions en circulation représentera 39,5 % du total. Au total, des actions d'une valeur actuelle de 494 milliards de dollars devraient être libérées d'ici décembre.
« SpaceX n'est pas une action pour les âmes sensibles »
Eyal Haviv, analyste en chef chez Value Baribua, souligne que ce processus est loin d'être terminé. « Le faible nombre d'actions émises lors de l'introduction a créé une forte volatilité. La porte d'entrée était étroite, ce qui a propulsé la valorisation à 2,6 billions de dollars. La porte de sortie est tout aussi étroite, et le prix réagit en conséquence », explique-t-il. Il anticipe une pression vendeuse accrue, notamment de la part des fonds de capital-investissement cherchant à sécuriser leurs profits.
Le volume des ventes à découvert (short) est également élevé, atteignant 34 % des actions disponibles fin juillet selon Yahoo Finance. L'augmentation de l'offre pourrait réduire le risque de « short squeeze », facilitant la couverture des positions pour les vendeurs à découvert.
Dror Karni, PDG de Karni Family Office, met en garde contre l'impact psychologique : « Ce mécanisme échelonné crée un goutte-à-goutte constant qui peut peser sur le cours. Les investisseurs craignent surtout le 366e jour, date à laquelle les actions d'Elon Musk et des actionnaires majoritaires seront libérées, constituant une véritable bombe à retardement en raison du volume massif d'actions pouvant inonder le marché. »
Les analystes prédisent un bond de 130 %
Le consensus prévoit un chiffre d'affaires de 6,82 milliards de dollars et une perte nette de 29 cents par action. Malgré les risques, 28 analystes sur 37 restent positifs, avec un objectif de cours moyen reflétant une prime de 118 %.
Colin Canfield, analyste chez Cantor, recommande le titre à « surperformer », précisant que son objectif de cours intègre la levée progressive de l'incertitude liée aux blocages. De son côté, Omri Efroni (Oppenheimer) a relevé son objectif à 250 dollars, estimant que l'acquisition de Cursor renforce l'avantage concurrentiel de SpaceX face à Anthropic et OpenAI.





