La Russie et la Corée du Nord inaugurent leur premier pont routier bilatéral

La Russie et la Corée du Nord ont inauguré leur premier pont routier sur le fleuve Tumen, renforçant leurs liaisons directes sur fond d'inquiétudes concernant un possible corridor logistique militaire.

WallaAuteur : Reut Goldman
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La Russie et la Corée du Nord inaugurent leur premier pont routier bilatéral
Photo : צילום: Walla.co.il

La Russie et la Corée du Nord ont inauguré lundi le tout premier pont routier reliant les deux pays, marquant une nouvelle étape dans le resserrement de leurs relations bilatérales depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. L'ouvrage, d'une longueur d'environ un kilomètre, traverse le fleuve Tumen et relie la localité de Khassan, dans l'Extrême-Orient russe, à celle de Tumangang, en Corée du Nord. Après la cérémonie d'ouverture, des convois de véhicules ont traversé le pont dans les deux sens.

Jusqu'à présent, les deux États n'étaient reliés que par le « Pont de l'Amitié », un pont ferroviaire mis en service en 1959 après la guerre de Corée. Bien que des liaisons ferroviaires et des vols directs existent entre la Russie et la Corée du Nord, aucun passage routier direct n'était disponible. Le nouveau pont a été construit à proximité immédiate de l'infrastructure ferroviaire existante, dans une zone côtière reculée et peu peuplée.

Un symbole politique fort

Le Premier ministre russe, Mikhaïl Michoustine, qui a participé à la cérémonie d'inauguration par visioconférence, a présenté ce pont comme le symbole de l'approfondissement des relations bilatérales. Selon lui, l'extension des infrastructures de transport à la frontière donnera un « élan significatif » à la coopération dans les domaines du commerce, de l'économie, des sciences, des technologies et de la culture, tout en favorisant le tourisme et la création d'emplois.

Le pont a reçu un nom hautement symbolique : il a été baptisé en l'honneur de Yakov Novitchenko, un officier soviétique qui, selon l'histoire officielle, aurait sauvé le fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung, lors d'une tentative d'assassinat menée par un groupe pro-sud-coréen.

Inquiétudes sur un corridor logistique militaire

Pourtant, en dehors de la Russie et de la Corée du Nord, de nombreux observateurs voient dans ce pont bien plus qu'un simple projet de transport. Des organisations ukrainiennes de défense des droits de l'homme ont averti que l'ouvrage pourrait devenir un corridor logistique militaire, facilitant le transfert de troupes, de matériel et de technologies, tout en rendant la surveillance des flux plus difficile.

L'organisation ukrainienne Truth Hounds a affirmé que ce point de passage pourrait être utilisé pour acheminer des soldats nord-coréens, des unités de construction et du personnel militaire en Russie, et, en sens inverse, pour transférer des technologies et des ressources russes vers la Corée du Nord. L'inquiétude est renforcée par le fait que le transport routier est plus difficile à détecter et à suivre que les cargaisons d'armes massives acheminées par train ou par navire.

Ces craintes s'inscrivent dans le contexte d'un rapprochement spectaculaire entre Moscou et Pyongyang depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022. La Corée du Nord a envoyé des milliers de soldats en Russie, qui ont ensuite pris part aux combats dans la région de Koursk pour aider les forces russes à repousser les troupes ukrainiennes ayant pénétré sur leur territoire en 2024.

Un partenariat multidimensionnel

Au-delà des effectifs militaires, Pyongyang est devenu un fournisseur clé d'armes et de munitions pour Moscou. En contrepartie, selon les services de renseignement sud-coréens, la Russie a fourni à la Corée du Nord des missiles de défense aérienne, du matériel de guerre électronique, des drones et des technologies liées aux satellites espions. Cette coopération fait craindre que la guerre en Ukraine ne contribue directement au renforcement militaire du régime de Kim Jong-un.

La coopération s'étend également au domaine civil. Depuis que la Corée du Nord a rouvert ses frontières aux touristes russes en 2024, des milliers de Russes se sont rendus dans le pays. Moscou et Pyongyang s'efforcent de promouvoir la Corée du Nord comme une nouvelle destination touristique, notamment grâce à des stations de ski et de nouveaux complexes balnéaires. Le nouveau pont devrait faciliter davantage la circulation des personnes et des marchandises.

Cet alignement avec le régime nord-coréen suscite des interrogations, y compris en Russie. Lors d'une interview le mois dernier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a été interrogé sur le fait que la Russie semblait n'avoir plus que « deux alliés : la Corée du Nord et l'Iran ». Lavrov a rejeté les critiques, affirmant qu'il n'y avait « rien de mal » à être en telle compagnie.

En parallèle, certains partenaires traditionnels de Moscou manifestent leur lassitude face à la prolongation du conflit. Le président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, a déclaré à Vladimir Poutine lors d'une rencontre en juillet que de nombreux dirigeants mondiaux peinaient à comprendre pourquoi la Russie poursuivait cette guerre, ajoutant que « la nature du conflit n'est pas entièrement claire pour beaucoup, y compris pour nous ».

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