Le criminel de guerre Ratko Mladic inhumé à Belgrade avec les honneurs militaires
Le criminel de guerre serbe de Bosnie Ratko Mladic a été enterré avec les honneurs militaires à Belgrade, malgré les mises en garde de l'UE, suscitant une vive émotion populaire.

L'ancien commandant des forces serbes de Bosnie, Ratko Mladic, décédé alors qu'il purgeait une peine de prison à perpétuité pour crimes de guerre, a été inhumé ce lundi. Les funérailles se sont déroulées malgré les avertissements de l'Union européenne contre l'attribution d'honneurs publics à un homme reconnu coupable du premier génocide sur le continent européen depuis la Seconde Guerre mondiale.
Des milliers de personnes se sont rassemblées tôt à la petite église orthodoxe serbe Saint-Luc de Belgrade pour rendre hommage à Mladic, toujours considéré comme un héros par de nombreux Serbes. Sa casquette d'officier et son épée reposaient sur le cercueil, escorté par des hommes en uniforme.
Les médias pro-gouvernementaux en Serbie ont rapporté que Mladic recevrait les pleins honneurs militaires, le patriarche Porfirije, chef de l'Église orthodoxe serbe, dirigeant la cérémonie funéraire. Milan Dobric, un habitant venu du Kosovo pour assister aux obsèques, a déclaré à l'Associated Press (AP) que Mladic « était un homme qui a tout donné dans sa vie pour le peuple serbe », se réjouissant de voir la foule venue lui rendre un dernier hommage.
Mladic est décédé à l'âge de 84 ans le 27 août à La Haye, aux Pays-Bas, alors qu'il purgeait une peine de réclusion à perpétuité pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par ses troupes pendant la guerre de Bosnie (1992-1995). Bien que les obsèques aient été officiellement organisées par la famille de Mladic, le gouvernement serbe a affrété un avion la semaine dernière pour rapatrier sa dépouille à Belgrade, où des soldats ont porté son cercueil drapé dans les couleurs nationales. Une cérémonie commémorative militaire s'est également tenue samedi sur un site officiel de l'armée serbe.
Le président serbe Aleksandar Vucic, ancien ultranationaliste ayant soutenu les politiques expansionnistes de la Serbie pendant la guerre, a qualifié ces funérailles d'« explosion d'émotions » qui « n'a rien à voir avec le fait que Vucic ait autorisé ou non quelque chose ».
Une carrière de crimes de masse
Mladic a été arrêté en Serbie le 26 mai 2011 lors d'une opération conjointe d'Interpol et des services de renseignement serbes, avant d'être condamné par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye. Après son arrestation, le président serbe de l'époque, Boris Tadic, avait annoncé « la fin d'un chapitre sombre de l'histoire de la Serbie », cette arrestation étant alors perçue comme une étape majeure vers l'adhésion de la Serbie à l'Union européenne.
Le général serbe a commandé les forces qui ont perpétré le massacre de Srebrenica en 1995, au cours duquel plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques ont été fusillés, constituant le plus grand massacre systématique en Europe depuis la Shoah. Mladic avait ordonné d'embarquer les prisonniers dans des bus et des camions, de les séparer en petits groupes et de les exécuter dans des entrepôts désaffectés ou des champs ouverts. Le général avait pris soin de rassurer les prisonniers avant les exécutions, leur affirmant qu'aucun mal ne leur serait fait.
Mladic a également dirigé le siège de Sarajevo, qui a coûté la vie à plus de 11 000 personnes, dont plus de 1 500 enfants. Ses forces, postées sur les collines entourant la ville, pilonnaient les civils bosniaques à l'artillerie et aux tirs de tireurs d'élite. Cet épisode sombre a refait surface l'année dernière lorsqu'il a été révélé que des citoyens italiens avaient été accueillis par les forces de Mladic et avaient payé pour tirer sur des civils et les tuer.



