Amendes automatisées : comment les municipalités contournent la loi

Un militaire israélien a accumulé 29 amendes à cause de retards d'envoi de PV automatisés, révélant l'illégalité des pratiques de verbalisation par caméra.

N12Auteur : Rachali Edri-Hulata
Source
Amendes automatisées : comment les municipalités contournent la loi
Photo : צילום: N12.co.il

Un résident de Ramat-Gan et militaire de carrière a reçu en début d'année une amende de stationnement pour une infraction commise près d'un an plus tôt, soit 362 jours avant la réception de l'avis. Alors que le PV, non apposé sur son pare-brise, cheminait lentement à travers les méandres bureaucratiques entre la municipalité, la société de leasing de son véhicule militaire et le ministère de la Défense, il a continué à se garer au même endroit. Ignorant les restrictions de stationnement et le système de caméras intelligentes surveillant le temps passé par son véhicule, il a accumulé 28 amendes supplémentaires pour la même infraction, totalisant des milliers de shekels.

En raison de ce retard persistant, le délai de recours légal pour la plupart de ces amendes était dépassé, privant l'automobiliste de toute possibilité de contester. Sa demande auprès du procureur municipal de Ramat-Gan pour être jugé ou obtenir l'annulation des amendes a été rejetée. Cette affaire, révélée par Shomrim, illustre la machine à cash exploitée par les autorités locales grâce à une enforcement numérique agressive, transformant l'espace public en zone de surveillance au mépris de la loi, des décisions de justice et des résolutions de la Knesset.

L'absence de fondement légal pour les caméras

Pour comprendre les acrobaties juridiques des municipalités, il faut se tourner vers le texte de la loi. La Knesset n'a jamais accordé aux autorités locales le pouvoir d'installer ou d'utiliser des caméras pour réprimer des infractions de stationnement générales. La seule habilitation prévue par l'article 27a1 de l'ordonnance sur la circulation concerne exclusivement la documentation des infractions dans les couloirs de transport en commun.

Cette carence juridique est bien connue des édiles et des législateurs. Lors d'une commission de l'économie de la Knesset en juin, Mira Salomon, responsable juridique du Centre des autorités locales, a admis que la verbalisation par caméra posait un problème non réglementé par la loi. Elle a reconnu que l'usage de caméras à reconnaissance de plaques d'immatriculation (LPR) se fait sans autorisation législative formelle en dehors des voies réservées.

Malgré ce vide juridique, les municipalités persistent, s'appuyant sur une prétendue « autorité accessoire » tirée d'une circulaire du ministère de l'Intérieur. Conçue à l'origine pour permettre à un opérateur de repérer des blocages majeurs en temps réel, cette mesure a été détournée à Ramat-Gan et ailleurs pour automatiser la verbalisation du dépassement de durée sur les places de stationnement réglementées (bleu-blanc), sans qu'aucun obstacle à la circulation ne soit constaté.

Décisions de justice et bras de fer avec la Knesset

L'utilisation de technologies de pointe pour le stationnement constitue non seulement une dénaturation des directives ministérielles, mais aussi une violation d'un jugement rendu par le tribunal administratif de Tel-Aviv (affaire Cyber Place c. Municipalité de Ramat-Gan). Le juge Kobi Vardi y a statué sans équivoque : les autorités locales n'ont aucun pouvoir légal d'utiliser des caméras et la technologie LPR pour le stationnement réglementé.

Face au risque de tarissement de leurs revenus, les municipalités font de la résistance. Lors de débats houleux à la Knesset, le député David Bitan a réaffirmé avec fermeté que le Parlement refuserait d'étendre ces prérogatives, soulignant que l' enforcement automatisé à distance ne sert que d'outil de collecte fiscale.

Cependant, certaines villes font exception. À Beer-Sheva, le maire Rubik Danilovich a ordonné une enquête approfondie sur l' enforcement numérique, invitant les services juridiques à faire preuve de clémence et suspendant immédiatement l'ensemble des contrôles par caméras fixes et mobiles. Une preuve qu'une volonté politique ferme peut juguler la machine financière municipale.

Dans la même rubrique