Un policier israélien attaque en justice des internautes pour diffamation
Un policier israélien réclame un demi-million de shekels à des internautes pour diffamation, incitant la justice à examiner les risques d'atteinte à la liberté d'expression.

Un policier israélien déployé lors de manifestations contre la réforme judiciaire a intenté six procès en diffamation contre 30 citoyens l'ayant critiqué en ligne, réclamant un total d'environ un demi-million de shekels. Alors que certaines affaires ont déjà été tranchées, un juge a demandé à l'Association pour les droits civils en Israël de se prononcer sur le caractère abusif de la démarche et d'intervenir en tant amicus curiae.
Le vice-président du tribunal d'instance de Tel-Aviv-Jaffa, le juge Avi Shalev, a souligné que ces poursuites soulèvent des questions cruciales quant à l'effet dissuasif potentiel sur la liberté d'expression et à la qualification juridique d'insultes proférées à l'encontre du fonctionnaire.
Les litiges découlent de deux incidents survenus en juillet 2023, lorsque l'officier Doron Ozeri, alors coordinateur des opérations au poste de police de Sderot, a fait l'objet de critiques virulentes sur les réseaux sociaux. Lors du premier incident à un carrefour, une vive altercation verbale a éclaté avec des manifestants. Un second incident, filmé, montre le policier menaçant une manifestante d'arrestation pour avoir crié et chanté.
Suite à ces événements, des internautes ont publié des insultes et affirmé faussement que le policier avait exprimé son intention de tirer sur des manifestants. Ozeri a ainsi déposé des plaintes en diffamation totalisant 474 000 shekels. Une première décision a rendu justice au policier, condamnant un internaute à verser 43 000 shekels de dommages et intérêts.
Dans le cadre d'une autre procédure visant sept personnes, le juge a sollicité l'avis de l'Association pour les droits civils. L'organisation a estimé que la multiplication des recours judiciaires risque de décourager les citoyens de critiquer les forces de l'ordre, plaidant pour une protection renforcée de la liberté d'expression face à des dépositaires de l'autorité publique.
De son côté, l'avocat du policier, Me Yoni Gorno, a vigoureusement rejeté ces arguments, qualifiant l'intervention de l'association de tentative de légitimer le harcèlement en ligne et soulignant que son client continuera de défendre son honneur en justice.




