Nano Dimension : une lutte de pouvoir au cœur de l'entreprise
Le fabricant israélien d'imprimantes 3D Nano Dimension est au centre d'une bataille corporative après l'ascension du fonds activiste Murchinson. L'enjeu porte sur la gestion des importantes réserves de trésorerie de la société.
Alors que la plupart des investisseurs israéliens sont préoccupés par la volatilité de la bourse locale ou par les enjeux sécuritaires liés à l'Iran, une bataille fascinante se joue en coulisses : la prise de contrôle de l'entreprise israélienne Nano Dimension (NNDM) par le fonds activiste Murchinson.
Nano Dimension, fabricant d'imprimantes 3D pour composants électroniques, fut autrefois l'une des valeurs technologiques les plus en vue du NASDAQ. Le fonds Murchinson, basé à Toronto, exerce une pression constante sur la direction depuis plusieurs années.
La stratégie activiste
Le déclencheur récent a été l'achat par le fonds de 4,7 millions d'actions en une semaine, à des prix compris entre 1,26 et 1,39 dollar. Cette opération a porté sa participation à 20,3 millions d'actions, juste en dessous du seuil de 10 % qui aurait activé la « pilule empoisonnée » de l'entreprise, un mécanisme de défense contre les prises de contrôle hostiles.
À la mi-juillet, un accord a été conclu : le PDG Yoav Stern, le président Robert Pons et deux autres administrateurs ont démissionné, remplacés par trois candidats soutenus par le fonds. Moshe Rosenbaum a été nommé PDG par intérim et Philip Bornstein président. En pratique, Murchinson a pris les commandes sans avoir formellement acquis le contrôle total.
Le paradoxe financier
L'intérêt du fonds réside dans un écart financier majeur : à la fin du premier trimestre, Nano Dimension disposait d'environ 440 millions de dollars en espèces, alors que sa capitalisation boursière n'était que de 312 millions. Pour les investisseurs activistes, cette trésorerie représente un actif sous-évalué à débloquer.
L'histoire récente de l'entreprise est marquée par une décennie tumultueuse. Après une fusion inversée en 2014, Nano Dimension a levé près de 1,5 milliard de dollars jusqu'en 2021. Cependant, la stratégie de l'ancien PDG Yoav Stern, visant à consolider le secteur de l'impression 3D via des acquisitions (Stratasys, Desktop Metal, Markforged), s'est soldée par des pertes massives.
Perspectives actuelles
En juin, Nano Dimension avait signé un accord de fusion avec Infinite Epigenetics, une société de diagnostic médical basée sur l'IA, pour une valeur de 890 millions de dollars. Murchinson a qualifié cet accord de « défectueux ». Le nouveau conseil d'administration a suspendu ce projet pour réexamen, tout en étudiant une offre alternative en numéraire de Tang Capital.
Pour les investisseurs, l'action ne dépend plus désormais de la technologie d'impression 3D, mais de l'issue de cette lutte pour le contrôle. Avec une perte nette de 69,7 millions de dollars au premier trimestre 2026 et l'annulation de ses prévisions pour 2026, l'avenir de l'entreprise reste suspendu à la stratégie qui finira par l'emporter.





