L'Irak veut survivre : Bagdad freine les milices pro-iraniennes tout en flirtant avec Téhéran
L'attaque américano-saoudienne contre les quartiers généraux d'Al-Hashd al-Shaabi place le nouveau Premier ministre irakien dans une impasse. Alors que les États-Unis exigent le démantèlement des milices pro-iraniennes, Téhéran resserre son emprise – et les conséquences atteignent Israël.

Les frappes saoudo-américaines menées cette nuit (entre mardi et mercredi) contre les quartiers généraux de l'organisation Al-Hashd al-Shaabi en Irak interviennent dans un contexte de lutte d'influence accrue entre les États-Unis et l'Iran. Ces événements soulignent à nouveau l'importance régionale de l'Irak, souvent en marge du discours central. Le nouveau Premier ministre, Ali al-Zaidi, fait face à une pression croissante venant de deux directions.
Washington exige le désarmement des milices pro-iraniennes, accusées d'avoir attaqué l'Arabie saoudite. Si certaines milices ont accepté de renoncer à leurs activités militaires pour se concentrer sur la voie politique, d'autres refusent catégoriquement, profèrent des menaces et exigent le retrait total des forces américaines. Après une visite aux États-Unis ce mois-ci pour rencontrer le président Donald Trump, al-Zaidi s'est rendu en Iran. Il y a rencontré les dirigeants iraniens, dont le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, le président Masoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Il a également rendu hommage aux hauts responsables iraniens tués ces dernières années, notamment Qasem Soleimani et Abu Mahdi al-Muhandis.
L'Iran conserve une emprise significative en Irak grâce aux milices fidèles intégrées à l'organisation Al-Hashd al-Shaabi. Créée en 2014 pour combattre Daech, cette organisation est officiellement considérée comme faisant partie des forces de sécurité irakiennes, malgré sa loyauté envers Téhéran. L'initiative américaine visant à désarmer ces milices exige qu'elles se détachent d'Al-Hashd al-Shaabi, rendent leurs armes et passent sous le contrôle total de l'État. L'Iran craint cette mesure qui l'éloignerait des centres de décision irakiens.
Les frappes de cette nuit ont visé plusieurs quartiers généraux officiels d'Al-Hashd al-Shaabi dans les provinces de Bagdad, Wasit, Ninive, Bassora, Kirkouk, Kerbala et Diyala, faisant 20 morts et 32 blessés, en plus de dégâts matériels importants. L'Arabie saoudite a confirmé avoir ciblé des installations liées aux attaques contre ses infrastructures pétrolières. De son côté, la « Résistance islamique en Irak » a nié toute implication dans les attaques de drones contre le royaume, qualifiant les accusations saoudiennes de tentative de justifier leur incapacité à répondre aux menaces venant du Yémen.
Les dirigeants irakiens sont pris au piège, tentant de préserver la stabilité du pays tout en jonglant entre les États-Unis et l'Iran. Bagdad cherche à restreindre les activités des milices pro-iraniennes sans pour autant cautionner les frappes sur son territoire, Al-Hashd al-Shaabi restant un organe légitime dans le pays. L'équilibre des forces qui se dessine actuellement en Irak est d'une importance critique pour Israël, qui a subi ces dernières années plusieurs tirs en provenance de la « Résistance islamique en Irak ».



