Like pour l'explosif, share pour la liquidation : comment les organisations criminelles ont transformé le web en une arène de terreur

À une époque où chaque personne possède un smartphone avec appareil photo, les tirs, les engins explosifs ou les incendies criminels ne restent plus sur les lieux de l'événement, mais sont documentés et diffusés rapidement dans le but d'atteindre des publics bien plus larges que les victimes directes, d'accroître la terreur parmi le public et de recruter de nouveaux activistes.

YnetAuteurs : Alonit Bar-On, Mohammad Wattad et Tal Mimran
Source
Like pour l'explosif, share pour la liquidation : comment les organisations criminelles ont transformé le web en une arène de terreur
Photo : Ynet / זירת רצח

Pendant des décennies, le crime organisé a été perçu comme un problème se déroulant loin des yeux du public : dans les ruelles, lors de transactions secrètes et dans les règlements de comptes sous le radar. Ces dernières années, sur fond d'augmentation de l'utilisation des technologies, une arène d'action centrale s'y est ajoutée — celle des réseaux sociaux. À une époque où chaque personne possède un smartphone avec appareil photo, on peut dire avec certitude que les tirs, les engins explosifs ou les incendies criminels ne restent plus sur les lieux de l'événement. Ils sont documentés, montés et diffusés rapidement, devenant ainsi un spectacle médiatique destiné à atteindre des publics bien plus larges que les victimes directes afin d'accroître la terreur parmi le public et de recruter de nouveaux activistes.

Dans l'espace numérique, qui est devenu depuis longtemps un environnement central de l'existence humaine, la puissance des organisations criminelles ne se mesure pas seulement aux armes, à l'argent ou au nombre de personnes qui leur obéissent. Elle se mesure également à leur capacité à contrôler l'attention publique. Car une seule vidéo de tir peut dissuader des témoins, menacer des propriétaires d'entreprises, effrayer des élus et insuffler un sentiment d'impuissance à toute une communauté — le tout dans un seul paquet qui est devenu une affaire particulièrement rentable tant pour les organisations criminelles que terroristes. La violence devient ainsi un message : au-delà de la simple existence de dommages physiques, elle façonne une conscience selon laquelle l'organisation criminelle est présente partout et dans chaque espace, tandis que l'État, ou la gouvernance, en est absent.

En raison de la structure architecturale des réseaux sociaux, les plateformes numériques ne sont pas seulement un canal neutre pour transmettre ce message. Les algorithmes exploitant les systèmes de recommandation pour la visualisation par les utilisateurs ont tendance à accorder une visibilité accrue au contenu qui attire l'attention et génère un engagement élevé. Parmi ceux-ci, des vidéos suscitant la peur, le choc, la colère ou la curiosité remontent dans les réseaux de surveillance algorithmique du contenu, ce qui pousse à son tour les utilisateurs à s'attarder, regarder, réagir et partager. Ainsi se crée un cycle d'amplification : l'organisation criminelle produit le spectacle, les utilisateurs le diffusent et l'algorithme lui accorde une visibilité supplémentaire. Un événement criminel local reçoit ainsi un impact psychologique et public qui dépasse de loin son lieu de survenance.

Responsabilité des médias et rôle du Shin Bet

Les médias d'information ont également une responsabilité dans ce cycle. Rapporter sur la criminalité est essentiel pour le public, mais la présentation répétée de vidéos de tirs, de menaces et de symboles de pouvoir — surtout sans contexte critique — peut reproduire le message que les criminels cherchaient à diffuser en premier lieu. La question n'est pas de savoir s'il faut rapporter, mais comment rapporter : et en particulier, la couverture place-t-elle au centre la puissance imaginée du criminel, ou le préjudice causé aux victimes, à la communauté et à l'État de droit ? À l'heure actuelle, il semble que certains organes médiatiques deviennent, même involontairement, des multiplicateurs de force pour les organisations criminelles.

Comprendre cette chaîne d'influence est également essentiel pour la discussion sur l'autorisation du Shin Bet à agir contre cette menace : car le défi nécessite de traiter avec l'infrastructure numérique, financière et de conscience qui étend la puissance des organisations. Lorsqu'une organisation criminelle active un engin explosif au cœur d'un quartier résidentiel, documente des tirs sur une institution publique ou diffuse des vidéos de menaces conçues, l'objectif n'est pas seulement le préjudice physique, mais il s'agit d'une attaque psychologique planifiée contre la conscience publique collective. C'est une terreur de conscience numérique : créer un effet d'horreur destiné à paralyser la communauté, empêcher la coopération avec les autorités chargées de l'application de la loi, dissuader les témoins, menacer les juges et les élus, et établir un statut de « souverain alternatif ». Le contenu devient pouvoir, et le pouvoir devient un outil pour soumettre l'État.


Axes technologiques de lutte

Afin que le Shin Bet et la police d'Israël puissent faire face correctement au défi, il est important de prendre en compte les capacités technologiques et de communication de ces organisations. Les organisations criminelles modernes gèrent des systèmes numériques avancés : de la gestion d'empires financiers dans des réseaux cryptés et des monnaies décentralisées, à l'utilisation de logiciels espions et de communications secrètes, jusqu'à la prise de contrôle hostile du gouvernement local par le biais de campagnes numériques d'extorsion et de menaces. Les outils actuellement à la disposition de la police d'Israël ne fournissent pas toujours une réponse complète aux capacités de cyber, de chiffrement et de guerre de conscience des organisations criminelles. C'est ici exactement qu'intervient le rôle du Shin Bet — non pas comme une « super-police » effectuant des arrestations dans les rues, mais comme un accélérateur de renseignement et technologique opérant avec une précision chirurgicale. Plusieurs étapes sont nécessaires surtout à l'heure actuelle, tout en se concentrant sur trois axes technologiques :

  1. Neutraliser la terreur de conscience dans les réseaux. Alors que l'État lutte contre l'incitation au terrorisme, il doit agir de manière décisive pour couper la chaîne de distribution virale du crime organisé. Il est nécessaire d'activer des mécanismes technologiques et juridiques rapides qui obligeront les plateformes numériques à supprimer ce contenu, à bloquer les comptes récurrents utilisés par les organisations criminelles et à agir contre les réseaux de distribution coordonnés et les mécanismes de recommandation.

  2. Démanteler l'enveloppe technologique et financière. Le capital qui anime les organisations est transféré dans des réseaux cryptographiques, des portefeuilles numériques et des systèmes d'ombre internationaux qui recoupent les voies de financement des organisations terroristes. Les capacités de cyber-renseignement du Shin Bet peuvent compléter les capacités de la police et aider à pénétrer ces enveloppes, afin de nuire à la liquidité et de désintégrer la structure organisationnelle du crime organisé.

  3. Cyber-prévention des dommages à la gouvernance. La pénétration des organisations criminelles dans les autorités locales et l'extorsion des élus sont gérées aujourd'hui par des moyens médiatiques et numériques. La surveillance et la prévention de ces menaces contre les institutions du régime démocratique sont un mandat direct ancré dans la loi du Shin Bet.

L'introduction d'outils cyber et de prévention du renseignement dans l'espace civil pose un danger grave de porter atteinte aux droits de l'homme. Par conséquent, l'exploitation de capacités cyber offensives doit être conditionnée à des réserves statutaires rigides : une ordonnance judiciaire préalable d'un juge de la Cour suprême ou d'un président de tribunal de district, une interdiction générale de collecte de masse et la suppression automatique par la loi des informations incidentes. Ceci afin d'éviter une situation dans laquelle nous transformerions l'État d'Israël en un panoptique de surveillance de masse.

Le crime organisé ne nous combat plus seulement avec des fusils — il nous combat à travers notre conscience. Combiner les capacités cyber et de renseignement du Shin Bet est une nécessité de la réalité, mais seulement sous une surveillance étroite et une précision chirurgicale dans l'arène numérique et de conscience pourrons-nous démanteler les organisations criminelles — et protéger la résilience démocratique de l'État d'Israël.

Dr Alonit Bar-On est vice-présidente du département multidisciplinaire au Collège académique de Safed. Prof. Mohammad Wattad est professeur titulaire (droit), président du Collège académique de Ramat Gan. Dr Tal Mimran est membre du corps professoral au Collège académique de Safed et chercheur principal à l'Institut Tachlit.

Dans la même rubrique