L'entreprise de drones Aero Sentinel se transforme après un tir de missile iranien et vise à concurrencer les Chinois
Aero Sentinel passe à la production de masse après qu'un missile iranien a détruit son usine, forçant un déménagement à Tel-Aviv. L'objectif : évincer les produits chinois de Tsahal. Le vice-président de l'entreprise évoque une « nécessité stratégique ».

Un impact de missile n'arrive jamais au bon moment, mais dans le cas d'Aero Sentinel, la situation était extrême. Quelques jours seulement après que l'entreprise américaine Volorix a acquis 70 % des parts de la société pour 35 millions de shekels, un missile iranien a frappé l'usine de Petah Tikva en avril, la détruisant totalement. Quatre mois plus tard, l'entreprise a dû déménager à Tel-Aviv. Aujourd'hui, elle veut se positionner de manière unique dans l'industrie de défense israélienne : être la première à fabriquer des drones de collecte en production de masse, avec pour objectif d'évincer les produits chinois des forces terrestres de Tsahal.
Le géant chinois DJI domine 80 % du marché mondial des drones, tant dans le secteur de la défense que dans le civil. Les conditions de départ des entreprises chinoises sont bien plus avantageuses que celles de leurs concurrentes occidentales : le gouvernement chinois subventionne 100 % des coûts logistiques d'exportation jusqu'en 2027 et couvre 40 % du coût des marchandises exportées.
Le régime de Xi Jinping assure également des allègements fiscaux dans les pays de destination, où le gouvernement verse une incitation représentant environ 15 % des droits de douane imposés sur les produits chinois. Ce retour sur investissement pour Pékin est une source d'inquiétude en Occident : la loi chinoise oblige toute entreprise technologique à fournir un accès aux données complètes de tout produit exporté. Le Royaume-Uni en a fait l'expérience récemment, découvrant, selon une publication du « Telegraph », que le drone maritime K3 Scout transmettait des données vers une adresse IP en Chine via des caméras chinoises intégrées.
Écarts énormes dans les coûts de production
Le passage à la production de masse devrait permettre à Aero Sentinel de réduire le coût unitaire de ses drones, passant d'environ 30 000 dollars à 20 000-25 000 dollars. À titre de comparaison, les drones américains (Skydio ou Anduril) sont évalués à environ 50 000 dollars, et les Parrot français à 35 000-40 000 dollars.
Dans le cas chinois, les écarts sont extrêmes : les drones EVO produits par Autel, achetés par milliers par Tsahal, coûtent environ 10 000-15 000 dollars l'unité. Compte tenu de l'incident au Royaume-Uni et de l'ampleur de l'utilisation des EVO par Tsahal, le volume de données transitant vers des serveurs chinois reste une inconnue préoccupante.
« La capacité de fabriquer des systèmes de défense avancés en Israël est une nécessité stratégique, surtout dans le domaine des drones, devenus un composant critique du succès des missions de défense et d'attaque », déclare à Globes Ofir Avram, vice-président marketing d'Aero Sentinel. « Notre objectif est de fournir des systèmes fiables à un prix équitable, capables de s'intégrer dans les systèmes opérationnels existants et de servir de multiplicateur de force, tout en renforçant l'indépendance industrielle d'Israël face aux fournisseurs externes, qui pourraient devenir une faiblesse en cas de crise géopolitique ».
Mille drones par an
Le passage à la production de masse est rendu possible grâce à des machines de moulage par injection. Aujourd'hui, les drones sont assemblés manuellement (environ 30 unités par mois), mais l'automatisation permettra d'atteindre un rythme de 100 à 150 unités par mois.
Carte d'identité d'Aero Sentinel
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Activité : Fabrication de drones pour les unités spéciales de Tsahal et la police.
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Focus : Europe, en particulier l'Europe de l'Est.
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Histoire : Fondée en 2005 par Israel Wasserlauf.
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Effectifs : 25 employés.
En novembre, l'entreprise lancera un nouveau drone résistant aux graves problèmes de GPS grâce au positionnement visuel (identification par caméra et intelligence visuelle). Le produit intégrera une nouvelle caméra de la société Next Vision, et Aero Sentinel insiste sur une composition contenant moins de 5 % de composants chinois.
La relation entre Next Vision et Aero Sentinel est étroite : l'entreprise publique utilise les drones d'Aero Sentinel pour présenter ses produits lors de démonstrations. L'atout majeur des outils d'Aero Sentinel reste leur autonomie de 80 à 90 minutes, le double de celle de nombreux concurrents. Environ la moitié des ventes s'effectue à l'étranger (Pays-Bas, Maroc, Japon). L'objectif est d'atteindre mille drones par an d'ici 2029.
Focus sur l'Europe
Sur le marché local, les drones d'Aero Sentinel sont utilisés par les unités spéciales de Tsahal et la police pour des missions de renseignement. L'ambition est de pénétrer l'armée de terre pour passer de quelques dizaines à des centaines d'unités vendues par an. À l'étranger, l'accent est mis sur l'Europe de l'Est, où l'utilisation de drones chinois par l'armée russe suscite une méfiance qui favorise la demande pour des solutions alternatives. Aero Sentinel travaille avec des distributeurs en Pologne, Roumanie, Italie et Grèce, avec la possibilité de délocaliser des lignes de production en cas de commandes importantes.





