Liban : la contestation chiite contre le Hezbollah est-elle en train de monter ?

La multiplication des critiques chiites contre le Hezbollah au Liban révèle une dissidence historique. Face aux destructions de la guerre, la contestation passe de l'idéologie aux exigences concrètes de reconstruction.

Israel HayomAuteur : Dr. Noa Riven
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Liban : la contestation chiite contre le Hezbollah est-elle en train de monter ?
Photo : Israel Hayom / הפגנות תומכי חיזבאללה בביירות | צילום: AFP

Ces dernières semaines, il est devenu presque impossible de consulter les réseaux sociaux ou de suivre l'actualité du Moyen-Orient sans tomber sur des critiques de chiites libanais à l'encontre du Hezbollah. Les habitants du Sud-Liban expriment leur colère face aux destructions, des militants exigent que l'État assume la responsabilité de leur sécurité, des dignitaires religieux s'élèvent contre la soumission à l'Iran, et des citoyens ordinaires demandent publiquement qui reconstruira leurs maisons et qui assumera la responsabilité du prix payé. L'image qui se dessine suggère un changement profond au sein de la communauté chiite, où l'opposition au Hezbollah semble croître. Mais est-ce réellement le cas ?

Une perspective historique apporte une réponse complexe : les voix que nous entendons aujourd'hui ne sont pas nouvelles. Ce qui est nouveau, c'est leur intensité et le projecteur braqué sur elles. Pendant des décennies, l'idée reçue était que le Hezbollah et la communauté chiite du Liban étaient synonymes. Pourtant, la société chiite n'a jamais été un monolithe. Dès le début des années 1990, des opposants chiites au Hezbollah — religieux, intellectuels, journalistes, hommes politiques, familles traditionnelles et chefs de clans — se sont manifestés. Certains s'opposaient à la soumission religieuse et politique à l'Iran, d'autres aux armes hors du contrôle de l'État, et d'autres encore luttaient pour la représentation et le pouvoir au sein de la communauté.

Les racines historiques de la dissidence chiite

Bien que ces noms soient peu connus du grand public international, ils accompagnent le Hezbollah depuis ses débuts. Subhi al-Tufayli, le premier secrétaire général du Hezbollah, est devenu l'un de ses critiques les plus féroces. Muhammad Mehdi Shams al-Din a opposé au concept iranien du Velayat-e faqih (gouvernement du juriste musulman) une vision privilégiant l'État libanais et l'intégration des chiites en son sein. Hani Fahs a promu un discours de citoyenneté et de coexistence ; Ali al-Amin s'est élevé contre l'alignement sur Téhéran ; et Lokman Slim a combattu l'hégémonie politique et sociale du Hezbollah depuis l'intérieur même de la société chiite.

Les manifestations d'octobre 2019 n'ont pas créé cette opposition, elles l'ont surtout rendue visible. Pour la première fois, des slogans contre le Hezbollah et le mouvement Amal ont retenti dans les bastions chiites, et la critique a dépassé les cercles intellectuels habituels.

De l'idéologie aux questions de survie

Aujourd'hui, un autre phénomène se produit. La critique devient moins idéologique et beaucoup plus personnelle. Elle ne porte plus seulement sur la théologie politique, les relations libano-iraniennes ou le statut des armes. Elle pose des questions bien plus directes :

« Qui a décidé de déclencher cette guerre ? Qui nous ramènera dans nos villages ? Qui reconstruira nos maisons détruites ? Et qui a donné au Hezbollah le droit de décider au nom de toute la communauté ? »

C'est là que pourrait résider le véritable changement.

L'illusion d'optique des réseaux sociaux

Il convient toutefois de se méfier d'une illusion d'optique. Pendant des années, les observateurs extérieurs ont perçu les chiites du Liban presque exclusivement à travers le prisme du Hezbollah. Aujourd'hui, on recherche activement ses opposants. Les réseaux sociaux permettent d'accéder en quelques secondes à la vidéo d'un habitant du Sud-Liban ou à la publication d'un militant chiite qui, autrefois, n'auraient jamais atteint un public international.

Ainsi, la multiplication des voix critiques n'est pas en soi la preuve d'une croissance de l'opposition. Il est fort possible que ce soit avant tout notre capacité à la voir qui ait augmenté.

La question cruciale n'est pas de savoir s'il existe une opposition chiite au Hezbollah — elle existe depuis des décennies. La question est de savoir si le prix exorbitant payé aujourd'hui par la société chiite parviendra à faire ce que les opposants au mouvement n'ont pas réussi à faire en trente ans : transformer des critiques dispersées en une force sociale и politique cohérente.

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