Le plus vieux président du monde est parti à l'étranger il y a deux mois et a disparu : « Le pays est en pilotage automatique »
Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982. À 93 ans, sur fond d'allégations de corruption, il a remporté un huitième mandat consécutif, avant de s'envoler pour la Suisse pour un « court séjour » dont il n'est pas revenu. L'opposition exige des réponses, dénonçant une gestion du pays en « pilotage automatique ».

Le président du Cameroun, Paul Biya, a marqué jeudi dernier deux mois d'absence sur le sol national. Cette absence prolongée du dirigeant de 93 ans, au pouvoir depuis 1982, suscite de vives inquiétudes quant à son état de santé et des critiques sur le vide gouvernemental qui s'est installé dans ce pays d'Afrique centrale.
Paul Biya a entamé son huitième mandat consécutif en novembre après une élection controversée, marquée par des allégations de corruption. Le 7 juin, il a quitté le pays pour ce que son bureau a qualifié de « court séjour privé en Europe », mais ce voyage s'est transformé en l'une de ses plus longues absences. Le gouvernement a confirmé sa présence en Suisse sans en préciser les raisons.
Bien que la Constitution n'interdise pas explicitement au président de quitter le pays pendant des mois, l'absence de vice-président signifie que la direction du pays est désormais entre les mains de hauts responsables du parti et de membres de sa famille. L'opposition décrit le pays comme étant en « pilotage automatique ». Le chef de l'opposition, Issa Tchiroma Bakary, en exil, a déclaré : « Son séjour prolongé en Suisse ne fait qu'aggraver le manque de légitimité et ses tentatives désespérées de s'accrocher au pouvoir par la force ».
Arrivé au pouvoir il y a 44 ans, Paul Biya dirige le Cameroun depuis plus longtemps que la durée de vie de la majorité de ses citoyens : plus de 70 % de la population, qui compte près de 30 millions d'habitants, a moins de 35 ans. S'il termine son mandat actuel, il quittera ses fonctions à l'âge de 99 ans.
Le bilan de son règne est mitigé. Malgré ses richesses pétrolières, le pays connaît une croissance faible, et les jeunes dénoncent le fait que seule l'élite profite des bénéfices. Selon la Banque mondiale, 57 % de la main-d'œuvre âgée de 18 à 35 ans travaille sur le marché noir.
Les critiques accusent également Paul Biya d'avoir conduit le pays de la stabilité vers des années de crises, notamment les attaques terroristes de Boko Haram au nord et une rébellion séparatiste à l'ouest ayant fait environ 7 000 morts. La semaine dernière, il a procédé à un remaniement du haut commandement militaire, remplaçant les commandants de quatre des cinq districts militaires, sans toutefois fournir d'explication officielle.



