Le dollar bat des records : la dévaluation change l'économie en Iran
Le taux de change du dollar en Iran s'approche de la barre des deux millions de rials, marquant une dévaluation sévère de la monnaie nationale. Cette tendance déstabilise l'économie et contraint les entreprises et les ménages à s'adapter à la hausse des coûts.

Le taux de change du dollar en Iran oscillait ce matin autour de 199,6 mille tomans, très près de deux millions de rials pour un dollar, après qu'un record de plus de 200 mille tomans ait été enregistré hier. En un an, le rial a perdu plus de la moitié de sa valeur par rapport à la monnaie américaine.
Le problème pour l'économie iranienne va bien au-delà du simple affaiblissement du rial sur le marché libre, car le dollar influence de plus en plus la fixation des prix tandis que les salaires et les revenus continuent d'être fixés en rials. Ce débat se déroule désormais ouvertement en Iran. Le quotidien historique « Ettela'at » a publié une critique inhabituelle de ce qu'il appelle « l'équation dollar-rial ». Selon l'article, les prix d'une part croissante des biens et services — des matières premières, de l'acier et de la pétrochimie aux véhicules, à l'aviation et à l'énergie — sont calculés en pratique en dollars, tandis que les revenus des ménages restent fixés en rials. « Les dépenses sont en dollars et les revenus en rials », a souligné le journal.
Il s'agit d'un changement plus profond qu'une simple dévaluation. Lorsqu'une entreprise iranienne fixe le prix d'un produit en fonction de son coût de remplacement en dollars, la baisse de la monnaie se répercute rapidement sur les prix. En revanche, les salaires sont généralement mis à jour une fois par an et avec un retard. Le résultat est qu'une nouvelle dévaluation du rial se répercute rapidement sur le coût de la vie, tandis que les revenus des ménages ne suivent pas le rythme de la hausse des prix.
Le système de taux de change lui-même aggrave la distorsion. À la fin de la semaine, le dollar pour les transferts commerciaux était vendu au centre de change officiel à 156,7 mille tomans, alors que le taux sur le marché libre approchait déjà les 200 mille. Un écart de plus de 40 mille tomans crée un avantage important pour les importateurs ayant accès aux devises au prix contrôlé, tandis que d'autres sont contraints d'acheter des dollars à un taux beaucoup plus cher.
La pression sur le rial s'accompagne d'une contraction du commerce. Selon les données des douanes iraniennes, les exportations non pétrolières au cours des cinq premiers mois de l'année iranienne ont chuté de 28,2 % à environ 15 milliards de dollars. Les importations ont chuté de 26,1 % à environ 17 milliards de dollars. Chaque dollar qui n'entre pas par les exportations réduit l'offre de devises étrangères au moment même où la demande augmente.
L'économiste iranien Mohammad-Mehdi Behkish prévient que les sanctions secondaires et les restrictions sur le commerce maritime rendent déjà difficile, même pour les exportateurs, le rapatriement de l'argent en Iran. Selon lui, les alternatives terrestres ne sont pas capables de remplacer les ports du sud. Si la situation perdure encore deux ou trois mois, il estime que même les stocks de produits essentiels commenceront à s'épuiser.
Le seuil des 200 mille tomans est important car il illustre à quel point le statut du rial a été érodé. Pedram Soltani, ancien vice-président de la Chambre de commerce d'Iran, a défini la situation comme une adaptation : les entreprises et les ménages continuent de fonctionner, mais ils le font en réduisant les investissements, la consommation et le niveau de vie. À mesure que ce processus s'approfondit, il sera beaucoup plus difficile pour la Banque centrale de redonner au rial son rôle d'ancre de l'économie.



