Les primo-électeurs israéliens redessinent le paysage politique avant le scrutin
Les primo-électeurs israéliens, marqués par le traumatisme du 7 octobre, s'apprêtent à voter. Un sondage révèle une fragmentation politique inédite où la sécurité et le coût de la vie dictent leurs choix.
Les plus jeunes électeurs israéliens, âgés de 18 à 22 ans, s'apprêtent à glisser leur bulletin dans l'urne pour la toute première Knesset. Nés alors que la Seconde Intifada s'apaisait et ayant grandi dans une relative quiétude, leurs années de formation ont été brutalement bousculées par la pandémie de COVID-19, le chaos politique persistant et le traumatisme profond des attentats du 7 octobre. Souvent qualifiés à tort de « génération TikTok » superficielle, ces jeunes — dont beaucoup ont troqué l'insouciance pour l'uniforme de Tsahal — ont porté sur leurs jeunes épaules le poids de la défense nationale lors de ses heures les plus sombres.
Un sondage réalisé par l'institut Dialog pour Ynet et Yedioth Ahronoth auprès de 543 jeunes Israéliens révèle que cette classe d'âge redessine la carte politique de manière totalement inédite par rapport à ses parents. Si l'intention de participation reste relativement élevée — 67 % des sondés se disent certains d'aller voter —, les préférences partisanes sont extrêmement fragmentées, aucun parti ne franchissant la barre des 10 % des voix à lui seul.
Intentions de vote et fragmentation politique
L'enquête met en lumière une course serrée entre plusieurs formations. La liste électorale conjointe menée par Naftali Bennett, « Be-yachad », se positionne en tête avec environ 9 % des suffrages, ce qui se traduit par près de 16 mandats potentiels. Derrière, des mouvements tels que « Otzma Yehudit », « Yashar ! » et « Sionisme religieux » recueillent chacun entre 8 % et 9 % des intentions de vote. Des partis traditionnels comme le « Likoud » affichent des scores comparables, tandis que « Yisrael Beytenu », « Les Démocrates » et « Judaïsme unifié de la Torah » tournent autour de 5 %.
Fait notable, le nouveau parti « Haredi Public » parvient à franchir le seuil d'électorat chez les jeunes, frôlant les 3 % des voix — soit environ 5 sièges —, illustrant une lassitude croissante face aux vieilles structures de direction ultra-orthodoxe. En revanche, le « Shas » et le parti « Ra'am » enregistrent des chutes spectaculaires au sein de cette tranche d'âge.
« Je veux l'assurance de pouvoir retourner vivre chez moi en toute tranquillité, sans craindre qu'un tel drame ne se reproduise dans quelques années », confie Eilai Boutelman, un jeune de 18 ans évacué du kibboutz Nir Oz.
Les priorités de la jeunesse : sécurité et coût de la vie
La politique de sécurité (27 %) et le coût de la vie (25 %) constituent les deux préoccupations majeures guidant le choix des jeunes électeurs. Néanmoins, des clivages profonds persistent selon les profils démographiques. Chez les jeunes religieux, la question sécuritaire culmine à 50 %, tandis que les électeurs laïcs privilégient l'égalité devant le service militaire et la conscription des ultra-orthodoxes (26 %), ainsi que l'exigence d'une enquête sur les défaillances du 7 octobre (22%).
Pour de nombreux jeunes, le scrutin revêt une dimension intime et douloureuse. Gabriela Trouan, étudiante à l'Université de Tel-Aviv dont les deux oncles ont été assassinés au kibboutz Holit, exprime son angoisse face à l'avenir du pays. « Le gouvernement est responsable de la mort de mes oncles », affirme-t-elle, justifiant son soutien au parti « Les Démocrates » par la nécessité de rebâtir un horizon diplomatique et de préserver les valeurs démocratiques d'Israël.
Diversité des voix à travers le pays
Des implantations de Cisjordanie aux villes arabes de Galilée, la mosaïque des primo-électeurs reflète des visions d'avenir profondément divergentes. Hadar Froehlich, habitante de Beit El, mise sur le « Sionisme religieux » pour garantir la souveraineté nationale, tandis que Basil Aghbariya, militant à Umm al-Fahm, soutient la liste « Hadash-Ta'al » afin de lutter contre la criminalité gangrénant la société arabe et d'exiger une pleine égalité civique.