Les Israéliens se tournent vers l'IA pour guider leur choix électoral

Un sondage révèle qu'un quart des Israéliens envisage d'utiliser l'IA pour voter. Les experts mettent en garde contre les biais algorithmiques et appellent à l'esprit critique.

YnetAuteur : Shaked Daran-Zivon
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Les Israéliens se tournent vers l'IA pour guider leur choix électoral
Photo : Ynet / צילום: Shutterstock

À l'approche des prochaines élections, un nouvel acteur inattendu s'apprête à faire son entrée sur la scène politique. Ce protagoniste ne figurera sur aucun bulletin de vote, ne se présentera sous aucune étiquette et ne prononcera aucun discours dans les meetings, mais il pourrait bien peser lourdement dans la décision de nombreux électeurs : le chatbot d'intelligence artificielle.

La plupart des Israéliens consultent régulièrement les agents conversationnels pour presque tout : rédiger un courriel, planifier un voyage, étudier, résoudre des questions professionnelles ou même chercher des conseils sentimentaux. À mesure que le scrutin approche, la politique s'invite inévitablement dans ces échanges. De nombreux citoyens s'apprêtent à interroger ChatGPT, Gemini et d'autres outils d'IA avec des questions telles que : « Quel parti correspond le mieux à mes convictions ? », « Quel candidat a réellement fait progresser le sujet qui m'importe ? », et enfin, la plus directe de toutes : « Pour qui dois-je voter ? »

Le mirage de l'objectivité algorithmique

Un nouveau sondage mené par l'Association Internet d'Israël révèle qu'un quart du public israélien — soit 25 % — envisage sérieusement ou a l'intention d'utiliser ces services pour orienter son choix électoral. Toutefois, consulter l'IA pour des questions politiques ne revient pas à chercher une recette de cuisine, à rédiger un courriel ou à demander de l'aide pour ses devoirs. Si la réponse d'un chatbot peut paraître mesurée et factuelle, elle dépend en réalité des données d'entraînement et de la formulation de la requête.

Les recherches démontrent que les humains ont tendance à prêter une forte objectivité et fiabilité aux informations générées par une machine, partant du principe qu'elle est exempte d'émotions ou d'intérêts cachés. Pourtant, cette impression est trompeuse. Le fait qu'une réponse soit présentée sur un ton neutre ou péremptoire par un système automatisé ne garantit ni son exactitude ni son impartialité.

Cette propension à faire confiance aux robots se reflète dans une enquête menée en 2026 auprès d'adultes au Royaume-Uni : la majorité des utilisateurs ont jugé les informations politiques obtenues via l'IA comme globalement ou totalement exactes, tout en percevant les réponses comme politiquement neutres.

Bulles de filtres et risques de manipulation

La nature interactive et conversationnelle de l'IA accentue encore le risque d'erreur d'aiguillage. Plus nous échangeons avec un chatbot, plus celui-ci affine ses réponses en fonction de nos centres d'intérêt, de notre mode de pensée et de la formulation de nos questions. Lorsque la conversation dérive sur la politique, cette personnalisation risque de conforter nos préjugés et nos présupposés existants, plutôt que de nous confronter à des informations ou à des arguments contradictoires susceptibles de nous faire nuancer nos positions.

En outre, les systèmes d'IA comportent de multiples risques : ils peuvent s'appuyer sur des données obsolètes, confondre faits et interprétations, omettre des contextes cruciaux, attribuer à un parti des positions qu'il a abandonnées, et parfois « halluciner » de toutes pièces des faits, des citations et des sources parfaitement convaincantes.

« Lors des élections législatives aux Pays-Bas l'année dernière, l'Autorité néerlandaise de protection des données a mis en garde contre l'utilisation de chatbots pour obtenir des conseils de vote, après avoir constaté qu'ils tendaient à recommander seulement deux partis sur quinze, offrant ainsi une vision fragmentée et polarisée du paysage politique. »

Au-delà des erreurs involontaires et des hallucinations, une menace plus insidieuse plane : la manipulation délibérée et l'empoisonnement des données. À mesure qu'un nombre croissant d'électeurs se tourne vers l'IA pour s'informer en politique, les incitations à corrompre les données servant de socle à ces modèles s'intensifient. Des acteurs malveillants cherchent à intoxiquer les algorithmes avec de fausses informations pour infléchir le comportement des électeurs, à l'instar des méthodes attribuées à des puissances étatiques comme la Russie, qui déploie de faux instituts de recherche et des publications en série pour façonner l'opinion publique mondiale.

Développer l'esprit critique à l'ère de l'intelligence artificielle

Si le débat public sur les élections et l'IA se focalise souvent sur la menace des vidéos truquées, des images manipulées et de la désinformation de masse, le véritable défi de ce scrutin réside peut-être dans cette conversation intime et silencieuse que nous menons avec un système perçu comme un assistant personnel infaillible et péremptoire.

Cela ne signifie pas pour autant que l'intelligence artificielle n'a aucun rôle à jouer dans la recherche d'informations et la cartographie politique. Elle peut aider à décrypter un enjeu complexe, à structurer un désaccord ou à comparer des programmes. Néanmoins, lorsque nous cherchons à forger notre conviction politique, il est impératif de se tourner en premier lieu vers les sources primaires : programmes partisans, sites officiels, données publiques, travaux académiques et journalisme professionnel.

Si les électeurs décident malgré tout d'utiliser l'IA, ils doivent impérativement acquérir de nouvelles compétences en matière de culture numérique et d'esprit critique. Il est possible de demander au chatbot de lister les arguments pour et contre une politique donnée ou de pointer vers des sources officielles. Mais la réponse obtenue ne doit constituer qu'un simple point de départ.

Il est primordial de consulter les sources d'origine, d'identifier leurs auteurs, de vérifier leur actualité et de s'assurer qu'elles étayent véritablement les affirmations présentées, avant de croiser ces données avec des sources officielles indépendantes. Les prochaines élections constitueront un scrutin inédit en Israël — et l'un des premiers au monde — où les chatbots occuperont une place prépondérante dans le débat politique et le processus décisionnel des électeurs. S'il est encore trop tôt pour mesurer leur impact réel sur les urnes, alors qu'un Israélien sur quatre envisage de demander conseil à un robot, il n'est plus possible de les considérer comme de simples sources d'information ordinaires. L'IA peut faciliter l'accès aux données, mais elle ne remplace ni les sources originales ni, par-dessus tout, notre propre jugement critique.

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