L'Irak lance une vaste campagne anti-corruption sur fond de crise pétrolière
L'Irak lance une vaste campagne anti-corruption et arrête des dizaines de hauts fonctionnaires dans le contexte d'une crise économique aggravée par l'effondrement du secteur pétrolier.

Des dizaines de politiciens et de hauts fonctionnaires ont été arrêtés en Irak ces derniers mois, tandis que des centaines de millions de dollars en espèces et en or ont été saisis. Cette opération inédite vise à démanteler les réseaux de corruption qui ont infiltré les institutions de l'État depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003. Parmi les personnes interpellées figurent des parlementaires et des responsables gouvernementaux.
Selon les estimations, le contexte de cette opération est lié à une grave crise économique frappant le pays. Les exportations pétrolières irakiennes, source quasi exclusive des revenus de l'État, ont presque totalement cessé depuis le déclenchement de la guerre impliquant l'Iran en février dernier.
L'effondrement des revenus pétroliers
L'Irak, à l'instar de la plupart des pays du Golfe, finance l'essentiel de son budget grâce au pétrole, couvrant les salaires des fonctionnaires, les services de base et les investissements. Le pétrole représente environ 90 % des recettes publiques, les revenus mensuels normaux s'élevant à un peu plus de 6 milliards de dollars.
Suite au déclenchement du conflit et au blocus presque total du détroit d'Ormuz, les revenus se sont effondrés. Les recettes mensuelles sont passées d'environ 6,8 milliards de dollars en février à environ 1,95 milliard de dollars en mars, pour chuter à environ un milliard de dollars les mois suivants. Les exportations maritimes ont enregistré une baisse de plus de 97 % en mai 2026 par rapport au même mois de l'année précédente.
Pour faire face à cette crise, Bagdad a dû imprimer 25 billions de dinars pour couvrir ses dépenses, alimentant l'inflation. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit que l'économie irakienne se contractera de 6,8 % d'ici la fin de 2026.
« Tant que le flux des revenus pétroliers est suffisamment important, il y a largement de quoi assurer le fonctionnement de l'État et le pillage. Mais lorsqu'il se contracte brutalement, la lutte interne pour ce qui reste ne fait que s'intensifier », explique le Dr Masaab Al-Aloosi, chercheur au New Lines Institute for Strategy and Policy.
Pressions extérieures et motivations intérieures
Au-delà des pressions structurelles, des facteurs extérieurs semblent également motiver cette campagne. Washington considère la contrebande de pétrole irakien comme un point sensible, craignant qu'elle ne finance des milices pro-iraniennes. L'enquête a débuté avec l'arrestation d'Adnan Al-Jumaili, ancien vice-ministre du Pétrole, chez qui des millions de dollars en espèces, de l'or et de nombreux biens immobiliers ont été saisis.
À la suite de ses aveux, une vaste vague d'arrestations a touché près de 50 personnes, dont une dizaine de députés et de hauts fonctionnaires. Malgré l'ampleur des saisies, certains analystes estiment qu'il s'agit d'une mesure cosmétique et doutent de la mise en œuvre de réformes structurelles profondes.





