Yémen : l'offensive des Houthis à Bab el-Mandeb fait peser une menace stratégique
L'avancée des Houthis vers le détroit de Bab el-Mandeb rebat les cartes stratégiques au Yémen, mettant en lumière les failles de la coalition menée par l'Arabie saoudite et les défis sécuritaires régionaux.

La prise de contrôle par les Houthis du détroit de Bab el-Mandeb s'inscrit dans une campagne militaire beaucoup plus vaste au Yémen, soulevant des questions cruciales sur leur prochaine cible stratégique. Selon Inbal Nissim-Loboton, chercheuse spécialiste du Yémen à l'Université ouverte et au Centre Moshe Dayan de l'Université de Tel-Aviv, le camp anti-houthis reste profondément divisé, permettant aux insurgés de progresser le long de la mer Rouge.
Sur le front nord-oriental d'Al-Jawf, les forces soutenues par l'Arabie saoudite parviennent à conserver certaines positions et à bloquer des routes d'approvisionnement clés. Plus au sud, Marib demeure un enjeu économique capital en raison de ses riches gisements de pétrole et de gaz. Pour les Houthis, s'emparer de Marib représenterait bien plus qu'un succès territorial : cela renforcerait considérablement leur poids financier et militaire.
L'évolution la plus marquante de ces derniers jours s'est produite sur la côte occidentale. Les forces houties ont progressé vers le sud le long de la mer Rouge, s'emparant de Hays, d'Al-Khukhah, d'Al-Mukha et d'Al-Dhubab, près de Bab el-Mandeb. Elles ont également étendu leur emprise sur l'île de Périm ainsi que sur les îles Hanish et Zuqar, resserrant considérablement l'taux sur le trafic maritime international.
"Le contrôle de la zone de Bab el-Mandeb offre aux Houthis une plus grande liberté d'action contre les navires", explique Inbal Nissim-Loboton. "Ils auront besoin de beaucoup moins de renseignements et d'armes sophistiquées pour cibler les bateaux. Même sans blocus officiel contre les États-Unis ou Israël, les compagnies maritimes éviteront tout simplement le détroit.
Alors que les Houthis lorgnent sur Aden, ancienne capitale du Sud-Yémen, les experts mettent en garde contre de graves répercussions géopolitiques. Parallèlement, la coalition dirigée par l'Arabie saoudite pâtit de divisions internes et de luttes d'influence, tandis que les appels en Israël à une intervention ou à une aide militaire accrue se heurtent à la mise en garde des analystes sur la complexité du bourbier yéménite.





