Bondrée apivore : comment ce rapace unique traverse le ciel d'Israël
La bondrée apivore est un rapace migrateur fascinant qui voyage de l'Europe vers l'Afrique. Jonathan Meyrav, expert en migration, détaille l'anatomie unique de l'oiseau qui le protège des piqûres de guêpes.

La bondrée apivore (Pernis apivorus) est l'un des oiseaux migrateurs les plus fascinants qui traversent le ciel d'Israël, portant en elle une histoire de survie extraordinaire et d'adaptations étonnantes. Pour comprendre les difficultés qu'elle rencontre en chemin et où l'observer en ce moment même, nous avons rencontré Jonathan Meyrav, ornithologue senior, expert en migration et directeur de l'agence de tourisme ornithologique Flyways.
Pourquoi l'appelle-t-on bondrée apivore ?
Son nom en hébreu (« Aya ») apparaît déjà dans la Bible, dans la liste des oiseaux impurs du Lévitique. Il s'agit d'un rapace unique qui constitue une sous-famille indépendante au sein des rapaces. Il convient de noter qu'il ne s'agit pas d'un aigle. Son nom scientifique Pernis apivorus est composé de mots signifiant « rapace » et « mangeur de guêpes ou d'abeilles ».
Mange-t-elle vraiment des guêpes ? Jonathan Meyrav explique :
« La bondrée apivore ne se nourrit pas des guêpes adultes elles-mêmes, mais creuse et gratte les nids de guêpes et d'abeilles sauvages pour manger leurs larves et nymphes riches en protéines. Cette nourriture représente environ 80 % de son alimentation globale, le reste du temps elle peut chasser de manière opportuniste des reptiles, de grands insectes et de petits oiseaux. »
Une armure naturelle contre les piqûres
Comment les guêpes ne la piquent-elles pas ? L'oiseau est doté d'adaptations physiologiques étonnantes pour se protéger. Ses pattes ont de longs doigts et des griffes particulièrement fortes, qu'elle utilise comme un râteau pour exposer les nids dans le sol ou les troncs d'arbres.
Les plumes de sa face et de sa tête sont très denses et presque semblables à des écailles pour éviter les piqûres, et elle possède des paupières translucides qui lui servent de lunettes de protection. De plus, ses narines sont étroites et allongées, probablement pour empêcher la pénétration de terre et d'insectes. Sur le terrain, son mécanisme de défense consiste à manger extrêmement rapidement avant que l'essaim ne se réveille et ne l'attaque.
Le couloir de migration et le vol en groupe
En été, la bondrée apivore niche largement en Europe et en Asie, principalement en Europe de l'Est et en Russie où subsistent de vastes forêts, et passe l'hiver en Afrique. La saison de nidification se termine en août, puis toute la population migre vers le sud.
Israël est un axe de migration central, un entonnoir par lequel passent ces jours-ci des dizaines de milliers d'individus par jour. Les bondrées peuvent voler environ 400 km par jour en utilisant les thermiques — des colonnes d'air chaud qui s'élèvent en spirale du sol. Elles y montent comme dans un ascenseur jusqu'à 2 km d'altitude, puis planent vers le sud.
Pendant la nidification, elles sont très solitaires. Cependant, pour la migration, des milliers s'assemblent. Le regroupement permet d'optimiser le vol et de mieux lire l'espace aérien. Au lieu que chaque oiseau cherche individuellement, tout un groupe trouve les courants d'air chaud beaucoup plus rapidement.
Menaces et sécurité aérienne
Le taux de mortalité des jeunes au cours de leur première année est très élevé, et la principale menace vient de l'homme. Dans le bassin méditerranéen et au Moyen-Orient, la chasse illégale reste très répandue et des milliers de bondrées sont abattues chaque année.
De plus, elles souffrent de la disparition des forêts en Europe et, ces dernières années, de la guerre entre la Russie et l'Ukraine qui perturbe la nidification. Il existe également une menace moderne liée aux drones militaires reliés à de fins câbles de fibre optique, qui restent suspendus aux arbres comme de gigantesques toiles d'araignée.
Compter les oiseaux en plein ciel est une tâche physique : les ornithologues se tiennent à des points stratégiques, scrutant le ciel avec des jumelles et des télescopes de haute précision, comptant chaque individu à l'aide d'un compteur manuel. Ces comptages sauvent des vies humaines. Des dizaines de milliers de grands oiseaux dans un espace aérien restreint représentent un danger majeur pour les avions de chasse. Les ornithologues collaborent avec l'armée de l'air israélienne, transmettant des alertes de migration en temps réel directement aux cockpits.
Où et quand regarder vers le ciel ?
Ce couloir de migration massif de 350 000 à un demi-million de bondrées passera au-dessus d'Israël au cours des deux prochaines semaines, jusqu'aux alentours du 20 septembre. Elles entrent en Israël par la Galilée orientale et le plateau du Golan, puis descendent vers le sud le long de la vallée du Jourdain.
Ceux qui se trouvent dans le centre du pays pourront les observer sur une ligne reliant l'aéroport Ben Gourion à Jérusalem, le long de la route 6. Les vents d'ouest poussant le flux vers l'est au fil de la journée, elles sont plus proches du centre vers 10h00, tandis que l'après-midi, la masse principale se déplace vers l'est.





