Une molécule bactérienne intestinale liée au risque accru d'Alzheimer
Une étude montre qu'une molécule issue de bactéries intestinales, l'ImP, favorise l'accumulation de protéines cérébrales pathologiques et accélère le déclin cognitif.

Une nouvelle étude révèle qu'une molécule produite par des bactéries intestinales pourrait accroître le risque de maladie d'Alzheimer et accélérer le déclin cognitif chez les patients atteints de démence. Cette découverte offre de nouvelles perspectives pour des traitements préventifs.
De l'intestin au cerveau
Publiée dans la revue Nature Communications, l'étude se concentre sur l'ImP (ou propionate d'imidazole), un métabolite produit par certains microbes intestinaux. Si ces bactéries ne sont pas les plus répandues, leur concentration sanguine varie considérablement d'un individu à l'autre.
Des chercheurs de l'Université du Wisconsin-Madison ont poursuivi des travaux menés il y a dix ans montrant des différences de microbiote intestinal entre les patients atteints d'Alzheimer et les personnes en bonne santé. Lors d'expériences sur des souris, l'équipe a découvert que lorsque l'ImP pénètre dans la circulation sanguine et atteint le cerveau, elle favorise l'accumulation de protéines bêta-amyloïdes et tau, des marqueurs clés de la maladie d'Alzheimer.
Déclin cognitif accéléré
En analysant des échantillons sanguins de près de 1 200 participants, les scientifiques ont constaté que ceux ayant des taux élevés d'ImP présentaient davantage de biomarqueurs liés à des protéines anormales et à un dysfonctionnement neuronal. Les tests cognitifs réguliers ont également démontré que ces participants subissaient une détérioration mentale beaucoup plus rapide.
"Parce que nous disposons des résultats des tests cognitifs passés par ces volontaires au fil du temps, nous pouvons observer que les personnes présentant les taux d'ImP les plus élevés ont également connu un déclin cognitif beaucoup plus rapide", a souligné le professeur Federico Ray.
De plus, les chercheurs ont identifié une variation génétique liée à des taux sanguins d'ImP nettement plus élevés, présente chez environ 43 % des participants. Cette variante pourrait perturber l'élimination de la molécule par les reins.
Une nouvelle cible thérapeutique
Cibler l'ImP pourrait déboucher sur des thérapies préventives, à l'instar des statines pour le cholestérol. Toutefois, de simples restrictions alimentaires s'avèrent insuffisantes, car la molécule est issue de la dégradation de l'histidine, un acide aminé essentiel présent dans de nombreux aliments riches en protéines. Les scientifiques espèrent développer des inhibiteurs spécifiques pour réduire les niveaux sanguins d'ImP.




