Les Banques Centrales S'orientent Vers de Nouvelles Hausses de Taux
Les banques centrales mondiales amorcent un tournant restrictif face aux tensions géopolitiques et énergétiques, influençant les marchés financiers et les perspectives pour l'économie israélienne.

Dans un intervalle critique de 36 heures, entre mercredi soir et vendredi matin, trois des plus grandes économies mondiales—les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon—s'apprêtent à annoncer leurs décisions de politique monétaire. Le signal général émis par ces institutions témoigne d'un revirement spectaculaire.
Un Virage Monétaire Mondial Sous le Signe de la Fermeté
Jusqu'en mars dernier, l'opinion dominante suggérait que les hausses de taux appartenaient au passé. Les banques centrales semblaient avoir maîtrisé la flambée inflationniste post-pandémie, entraînant une vague d'optimisme et des baisses de taux régulières en Occident. Néanmoins, ces prévisions optimistes ont volé en éclats avec le déclenchement d'un conflit armé entre les États-Unis et l'Iran. L'embrasement du Moyen-Orient, conjugué aux perturbations dans le détroit d'Ormuz, a provoqué une envolée des prix du pétrole, contraignant les autorités monétaires à admettre que les célébrations de victoire étaient prématurées.
La Réserve Fédérale Face aux Pressions Politiques
Au cœur de cette séquence se trouve la Réserve fédérale américaine. Mercredi à 21h00 heure d'Israël, le président de la Fed, Kevin Warsh, devrait annoncer un relèvement des taux d'un quart de point pour atteindre 4%. Les marges de manœuvre de la banque centrale sont limitées. Les données publiées vendredi ont révélé que l'inflation sous-jacente aux États-Unis a progressé de 0,3% en août par rapport à juillet, dépassant les attentes des économistes et portant à 90% la probabilité d'une hausse selon les marchés financiers.
Les investisseurs gardent également en mémoire le discours de M. Warsh à Jackson Hole le 28 août, durant lequel il avait averti que les décideurs auraient "davantage de travail à accomplir" en l'absence de garanties fermes quant au retour de l'inflation vers l'objectif de 2%.
Lors de son investiture en mai, le président Donald Trump l'avait encouragé à conserver une indépendance totale. Cette décision place aujourd'hui M. Warsh en situation de collision avec la Maison-Blanche, le président ayant déclaré la semaine dernière : "Des taux d'intérêt élevés placent les États-Unis dans une position d'infériorité injuste, et je ne laisserai pas cela se produire !"
Tendances Internationales au Royaume-Uni et au Japon
Dans la foulée, la Banque d'Angleterre annoncera sa décision jeudi matin. L'institution devrait maintenir son taux directeur à 3,75% tout en adoptant un ton ferme, laissant entrevoir de futures hausses face à la cherté de l'énergie et aux tensions géopolitiques. Les prévisions estiment l'inflation à 3,2% au quatrième trimestre, bien au-delà de la cible de 2%.
De son côté, le Japon poursuit sa trajectoire historique. Ayant rompu avec l'ère des taux nuls en juin dernier pour porter son taux à 1,00%, Tokyo s'apprête à le relever à 1,25%, un sommet inédit depuis 1995. Cette dynamique rejoint celle de la Banque centrale européenne, qui a récemment appliqué deux hausses successives pour porter son taux à 2,5%, sur fond d'avertissements de Christine Lagarde concernant la persistance de l'inflation.
Répercussions sur l'Économie Israélienne
À l'échelle locale, le creusement de l'écart entre le taux directeur de la Banque d'Israël et les standards internationaux accentue les risques de dépréciation du shekel et de tensions inflationnistes. Ofer Klein, responsable de l'économie et de la recherche chez Harel Assurances et Financements, relève que les marchés ont déjà largement intégré cette dynamique.
"Plus le différentiel de taux s'élargit, moins la Banque d'Israël ressentira le besoin de baisser ses propres taux, dans la mesure où cet écart exerce une pression à la baisse sur le shekel, alimentant par conséquent les prix à l'importation et l'inflation", analyse-t-il.
Ronen Menachem, économiste en chef des marchés à la Bank Mizrahi Tefahot, abonde dans le même sens tout en soulignant un facteur stabilisateur inhérent à l'économie locale :
"Un déficit budgétaire faible rapporté au PIB joue en faveur du shekel, à un moment où l'endettement massif d'autres pays pèse lourdement sur leurs monnaies respectives."





