Des scientifiques utilisent des narvals pour étudier le climat arctique
Les chercheurs ont fait appel aux narvals, surnommés « licornes des mers », pour étudier les régions reculées de l'Arctique. Grâce à des émetteurs satellites fixés sur six individus, ils ont recueilli des données uniques sur la température et la salinité des fjords du Groenland oriental, accumulant en trois ans l'équivalent de 130 ans d'observations humaines.

Les narvals, surnommés les « licornes des mers » en raison de leur longue défense torsadée, sont des créatures mystérieuses vivant dans les régions les plus reculées de l'Arctique. Récemment, un groupe de ces mammifères marins a reçu un rôle inattendu : celui de chercheurs en climatologie au service de la science.
L'étude s'est concentrée sur le système de fjords de l'est du Groenland, une région cruciale pour la compréhension du changement climatique, mais presque impossible à étudier par des moyens humains. La glace imprévisible, l'obscurité totale en hiver et les coûts exorbitants des brise-glaces limitaient jusqu'ici les capacités des scientifiques. Pour combler cette lacune, des chercheurs de l'Institut des ressources naturelles du Groenland ont fixé de petits émetteurs satellites sur six narvals et les ont suivis pendant trois ans.
130 ans de recherche en trois ans
Le résultat a été sans précédent : en une période relativement courte, les baleines, capables de plonger jusqu'à environ 1 800 mètres de profondeur et de rester dans des eaux glacées toute l'année, ont collecté une quantité de données sur la température et la salinité équivalente à tout ce que les chercheurs humains avaient réussi à rassembler au cours des 130 dernières années dans cette région. Ces données ont révélé un phénomène inquiétant appelé « atlantification ».
Il s'avère que de l'eau relativement chaude et salée provenant de l'océan Atlantique pénètre sur des centaines de kilomètres à l'intérieur des fjords. Cette eau s'écoule directement vers la base des glaciers, où elle fait fondre la glace par le dessous, au point le plus sensible, invisible depuis la surface ou par des satellites ordinaires. Les résultats indiquent une fonte beaucoup plus rapide que prévu, accélérant la perte de masse de la calotte glaciaire du Groenland.
Une sonnette d'alarme mondiale
Cette fonte a des conséquences qui dépassent les frontières de l'Arctique. Le rejet d'énormes quantités d'eau douce dans l'océan pourrait perturber le système critique des courants océaniques (AMOC), responsable de la régulation du climat mondial. Les scientifiques craignent que la poursuite de cette tendance ne mène à un point de non-retour.
« Cette étude n'est qu'une petite pièce du grand puzzle, concluent les chercheurs, mais elle nous offre un regard rare sur un endroit où l'humanité ne peut tout simplement pas mettre les pieds, et où l'avenir du climat de nous tous se joue. »





