« C'est toi qui te plains à la municipalité ? Ça ne t'aidera pas » : La roulette russe des malvoyants à Tel-Aviv
Trottoirs cassés, fosses ouvertes, feux de circulation sans boutons d'accessibilité et cyclistes à toute vitesse font de chaque sortie pour les malvoyants une lutte pour la survie. Les résidents dénoncent un manque de contrôle, tandis que la municipalité assure déployer des efforts pour améliorer l'accessibilité.

Tel-Aviv-Jaffa s'est transformé en un parcours d'obstacles pour les personnes handicapées. Liat Beni, une malvoyante utilisant un chien-guide, décrit son trajet quotidien du Vieux Nord vers le centre-ville comme une « roulette » permanente.
« Dans tout le quartier, il y a des travaux de construction dans le cadre du TAMA, ce qui signifie des trottoirs cassés, des barres de fer et des engins lourds partout. La municipalité a la responsabilité de superviser ces chantiers, mais mon chemin pour sortir du quartier est un véritable parcours du combattant », explique-t-elle. Selon elle, les ouvriers sur les chantiers se moquent ouvertement de ses plaintes auprès des services municipaux.
« Ils ne me voient pas du tout »
Liat décrit le chaos ambiant : « Tout le quartier est devenu un immense chantier. À droite, les travaux de la Compagnie d'électricité, à gauche, ceux des égouts. Les trottoirs ont disparu. Il n'y a ni panneaux de signalisation, ni rubans de marquage, ni personne pour diriger les piétons. Une fois, j'ai dû marcher sur la route elle-même. »
La situation est tout aussi difficile rue Ibn Gabirol, où se déroulent les travaux du tramway. Les feux de circulation ne disposent pas de boutons d'accessibilité pour les non-voyants, les forçant à traverser à l'aveugle. Liat raconte avoir trébuché sur un tuyau au milieu de la route : en se relevant, elle a réalisé qu'elle n'était pas sur un îlot de sécurité comme elle le pensait, mais au milieu de la circulation, sous les klaxons des conducteurs.
De plus, les cyclistes et utilisateurs de trottinettes électriques représentent une menace quotidienne, circulant sur les trottoirs au lieu des pistes cyclables. « Ils me crient dessus comme si c'était moi qui occupais leur voie. Il n'y a pas d'inspecteurs pour faire respecter la loi efficacement », ajoute-t-elle.
Un problème systémique
D'autres résidents partagent ce constat. Y., une résidente malvoyante de la rue Bograshov, souligne que même des espaces publics comme le jardin Tiberias restent plongés dans l'obscurité le soir, malgré de nombreux appels au centre d'appels municipal 106. Shachar Tamir, un résident d'Ibn Gabirol utilisant une canne blanche, ajoute : « Il n'est plus sûr de marcher sur les trottoirs. Certains véhicules électriques roulent à 70-80 km/h, c'est effrayant. Mes amis ont quitté la ville à cause de cette situation. »
La réponse de la municipalité
La municipalité de Tel-Aviv-Jaffa a déclaré qu'elle déployait de grands efforts pour rendre les espaces urbains accessibles et qu'elle promouvait un plan pluriannuel pour l'accessibilité des infrastructures. « Tel-Aviv-Jaffa est une ville en développement, et nous traitons chaque appel parvenant au responsable de l'accessibilité. Les équipes de coordination technique travaillent quotidiennement avec les chantiers pour garantir l'accessibilité », a indiqué la mairie.
Concernant les feux de circulation rue Ibn Gabirol, la municipalité a expliqué que les dysfonctionnements sont dus aux travaux de la Ligne Verte du tramway et à l'absence d'infrastructures souterraines, mais que des réparations de sécurité sont en cours. Quant aux infractions des véhicules électriques, la municipalité affirme appliquer la loi avec la plus grande rigueur possible, tout en précisant que les inspecteurs ne peuvent être partout à la fois. Elle s'est engagée à concentrer les contrôles sur les zones jugées particulièrement problématiques pour les malvoyants.





