Les investissements dans l'IA des géants de la tech dépassent leurs liquidités

Au cours des neuf premiers mois de 2026, les dépenses d'infrastructure en IA des géants technologiques ont dépassé leur trésorerie opérationnelle, marquant un tournant financier à Wall Street.

Les investissements dans l'IA des géants de la tech dépassent leurs liquidités
Photo : Unsplash / David Vives

Les géants technologiques américains, longtemps considérés comme des machines à cash, voient leurs dépenses liées aux infrastructures d'intelligence artificielle dépasser leurs flux de trésorerie opérationnels. Au cours des neuf premiers mois de 2026, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta Platforms et Oracle ont investi collectivement plus d'argent qu'ils n'en ont généré, une première dans l'historique des données depuis 2011.

Cette dynamique éclaire la récente volatilité observée à Wall Street. Vendredi, le Nasdaq a chuté de 2,86 %, l'indice S&P 500 a reculé de 1,82 %, et Intel a plongé de près de 30 %. Les valeurs technologiques ont été particulièrement touchées, le Nasdaq 100 cédant environ 3,5 %, tandis que le S&P 500 équipondéré baissait de 0,8 %.

Une rentabilité solide mais un coût élevé

Malgré ces turbulences boursières, les résultats d'entreprises ne témoignent pas d'une crise globale de rentabilité. Sur les 60 % des entreprises du S&P 500 ayant publié leurs comptes, 82 % ont surpassé les attentes. La croissance combinée des bénéfices atteint 30,2 % sur un an. Les investisseurs s'interrogent désormais moins sur l'ampleur de la croissance que sur le coût financier nécessaire pour la soutenir.

Selon une analyse de Reuters, les cinq mastodontes ont généré un flux de trésorerie opérationnel de 542,9 milliards de dollars depuis le début de l'année, soit une hausse de 29 %. Toutefois, leurs dépenses d'investissement ont presque doublé pour atteindre 556,9 milliards de dollars, faisant basculer leur excédent de trésorerie d'un an auparavant vers un déficit global de 14 milliards de dollars.

Financement externe et pression sur les actionnaires

Le rendement pour les actionnaires a également diminué. La part du flux opérationnel restituée sous forme de dividendes et de rachats d'actions est tombée de 27,4 % à 9,3 %, son plus bas niveau en quinze ans. Meta et Alphabet n'ont effectué aucun rachat d'actions au cours des neuf premiers mois de l'année.

Face à ces besoins massifs, S&P Global Ratings a abaissé vendredi la perspective de la note de crédit de Meta de stable à négative, tout en confirmant sa note à AA-. L'agence anticipe un déficit de trésorerie de 71 milliards de dollars pour 2027. En réponse, Meta a annoncé un plan de levée de capitaux pouvant atteindre 97,5 milliards de dollars, soutenu notamment par des investissements des fabricants de semi-conducteurs Nvidia et AMD.

À l'inverse, Microsoft bénéficie de conditions d'emprunt plus favorables, ayant attiré environ 115 milliards de dollars de demandes pour une émission obligataire de 25 milliards. Alors que les coûts de dépréciation et d'amortissement s'alourdissent, Wall Street ne se contente plus de valoriser la promesse de l'IA, mais commence à comptabiliser sa facture réelle.

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