Analyse de Sigma Clarity : pourquoi la hausse de l'IA n'est pas une bulle Internet
Idan Azoulay de Sigma Clarity affirme que la hausse de l'IA n'est pas une bulle classique et conseille de cibler l'infrastructure physique, tout en restant prudent sur l'immobilier et les obligations.

Le marché de l'IA : bulle spéculative ou révolution structurelle ?
Le marché de l'intelligence artificielle (IA) se trouve-t-il dans une bulle sur le point d'éclater, ou s'agit-il d'une véritable révolution économique qui n'en est qu'à ses débuts ? Idan Azoulay, directeur des investissements chez Sigma Clarity, présente dans sa revue économique une perspective qui tranche avec les craintes actuelles des marchés, suggérant que la hausse des valeurs technologiques ne traduit pas nécessairement une bulle classique.
Selon Azoulay, alors que les investisseurs s'inquiètent des valorisations élevées des entreprises technologiques portées par l'enthousiasme autour de l'IA, une part importante des actions du secteur a déjà subi de fortes corrections. Applied Materials, par exemple, a chuté d'environ 40 % par rapport à son sommet, tandis que SanDisk se négocie près de 30 % en dessous de son plus haut historique.
Les derniers résultats financiers de Broadcom incitent également à réévaluer l'idée que l'essor de l'IA touche à sa fin. L'entreprise, dont la capitalisation boursière s'élève à environ 1 700 milliards de dollars, a fait part d'une croissance de 86 % de son chiffre d'affaires et d'un bond de 221 % de ses revenus liés aux puces d'IA. Ces taux de croissance rappellent ceux d'entreprises beaucoup plus jeunes.
Nvidia continue également d'afficher des performances exceptionnelles, avec une croissance de 106 % de son chiffre d'affaires. Les deux géants démontrent ainsi une capacité hors norme à maintenir une croissance rapide malgré leur taille, défiant le principe économique de la loi des grands nombres, selon lequel il devient plus difficile de maintenir un taux de croissance élevé à mesure qu'une entreprise grandit.
Broadcom a même revu à la hausse ses prévisions pour les années à venir, anticipant que ses revenus liés à l'IA atteindront 230 milliards de dollars d'ici 2028. Malgré ces perspectives, l'action de la société a baissé après la publication des résultats et reste sous son plus haut niveau. Pour Azoulay, c'est l'un des signes que le marché ne se comporte pas comme lors de la bulle Internet, où les cours des actions montaient sans distinction, même face à des risques commerciaux majeurs.
Le virage vers l'infrastructure physique
L'un des messages clés de l'analyse concerne la prochaine étape de la révolution de l'IA. Selon Azoulay, le goulot d'étranglement de l'industrie se déplace progressivement du logiciel vers le monde physique. À mesure que les modèles s'améliorent et que leur utilisation se généralise, les besoins en puissance de calcul, en systèmes de refroidissement, en communications optiques, en électricité et en infrastructures augmentent.
Parallèlement, l'IA pénètre d'autres domaines physiques, notamment la robotique, la logistique et le développement biologique de médicaments. Par conséquent, la maison d'investissement estime que la prochaine vague d'investissements pourrait se concentrer non seulement sur les concepteurs de logiciels et de modèles, mais aussi sur les entreprises qui fournissent l'infrastructure physique indispensable à la poursuite de cette révolution.
Contexte local : Banque d'Israël et pressions mondiales
Sur le plan intérieur, l'analyse aborde la décision de la Banque d'Israël de baisser son taux directeur d'un quart de point de pourcentage, une mesure qui a surpris les marchés. Cette décision s'appuie sur un environnement d'inflation modérée, mais intervient dans un contexte d'incertitude géopolitique majeure.
La Banque d'Israël a souligné que la prime de risque du pays est revenue aux niveaux enregistrés avant le 7 octobre 2023. Toutefois, les tensions au Moyen-Orient continuent de peser sur les prix de l'énergie et les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Azoulay soulève une question essentielle : Israël peut-il réellement s'affranchir des pressions de l'économie mondiale ? Selon lui, la hausse de 7,2 % de l'indice mondial des prix alimentaires depuis le début de l'année pourrait finir par impacter l'économie israélienne.
Les développements dans le golfe Persique occupent également une place importante dans l'analyse. Selon l'étude, les perturbations dans le détroit d'Ormuz nuisent à l'approvisionnement mondial de diverses ressources, notamment les engrais, le gaz naturel, l'hélium utilisé dans l'industrie des semi-conducteurs et le pétrole. Les répercussions pourraient ultérieurement se faire sentir sur le prix des matières premières et accentuer les pressions inflationnistes.
Prudence sur les obligations et l'immobilier
Malgré la baisse des taux d'intérêt, le marché obligataire local n'a pas réagi avec enthousiasme. Les rendements à long terme ont même légèrement augmenté, ce qui montre que le marché n'anticipe pas pour l'instant une série de baisses rapides des taux.
En conséquence, la maison d'investissement recommande de maintenir une approche conservatrice sur le marché obligataire. Selon l'analyse, le ratio risque-rendement n'est pas assez attractif pour justifier une prise de risque accrue ou un allongement de la durée moyenne du portefeuille obligataire.
Une approche tout aussi prudente est de mise sur le marché de l'immobilier résidentiel. Sigma Clarity indique préférer éviter les positions dans ce secteur pour le moment, du moins jusqu'à ce que le stock d'appartements invendus diminue nettement, passant de plus de 80 000 logements actuellement à environ 50 000.
En conclusion, le message d'Azoulay aux investisseurs n'est pas de s'éloigner de la révolution de l'IA, mais plutôt de l'analyser sous un angle plus large :
« Si nous n'en sommes pas, nous n'existerons pas du tout. Soyez-y. »
Il insiste sur la nécessité de regarder au-delà des fabricants de puces et des éditeurs de logiciels, pour s'intéresser également à l'énergie, aux infrastructures, au refroidissement et aux télécommunications. En revanche, sur les marchés obligataires et immobiliers, la patience, la prudence et une évaluation rigoureuse des risques restent de rigueur.



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