Wall Street s'inquiète d'une bulle de l'IA face à la chute des valeurs technologiques
Wall Street met en garde contre les risques d'une bulle de l'intelligence artificielle sur fond de coûts d'infrastructure massifs, de dette croissante et de ralentissement de la croissance des revenus technologiques.

Wall Street s'interroge ouvertement sur la viabilité financière du boom de l'intelligence artificielle, alors que des figures majeures de la finance mettent en garde contre des déséquilibres structurels et un risque de bulle spéculative. Ken Griffin, gestionnaire du fonds spéculatif Citadel, a souligné que le secteur des entreprises peine à générer une valeur réelle à partir des modèles de langage, comparant les processeurs à des sièges vides dans un avion. Parallèlement, Ray Dalio de Bridgewater Associates a pointé du risque d'éclatement d'une bulle classique en raison de la hausse des taux d'intérêt, tandis que Chris Wood de la banque d'investissement Jefferies a averti que la concurrence féroce en provenance de Chine banalise les modèles et érode la rentabilité des entreprises américaines.
Cette incertitude se traduit par de fortes turbulences sur le marché des semi-conducteurs. L'indice des valeurs des puces (SOX), après avoir progressé de 9 % au premier trimestre et de 95 % au deuxième, a chuté de 11 % au troisième trimestre et de 12 % supplémentaires au quatrième. Dans ce contexte, la société Anthropic a réduit la valorisation visée pour son introduction en bourse de 2 000 milliards de dollars à 1 500 milliards de dollars. Cette seule correction équivaut à la capitalisation boursière totale de la Bourse de Tel-Aviv.
Parallèles historiques et coûts des infrastructures
Les analystes comparent la situation actuelle à la panique financière de 1873, soulignant que l'infrastructure moderne de l'IA repose sur des centres de données géants nécessitant environ 10 000 milliards de dollars d'investissements. L'entraînement d'un modèle d'IA de pointe exige environ 18 octillions de calculs, soit 50 millions de fois plus que les premiers modèles. Exécuter un tel volume de calculs sur un seul processeur H100 prendrait 64 000 ans, nécessitant des grappes de 100 000 puces pour achever la tâche en huit mois. Par ailleurs, l'investisseur Michael Burry a mis en garde contre une comptabilité agressive, les entreprises amortissant le matériel sur cinq ans alors que le cycle technologique impose un renouvellement tous les deux à trois ans.
Pressions financières sur les fournisseurs de cloud
Les tensions économiques s'accentuent également au sein des nouveaux fournisseurs de cloud, à l'instar de CoreWeave. Bien que CoreWeave anticipe une hausse de son chiffre d'affaires à plus de 12 milliards de dollars, l'entreprise accumule d'importantes pertes et fait face à des coûts d'emprunt en forte hausse. Des documents financiers divulgués concernant Anthropic révèlent des tendances similaires, avec un chiffre d'affaires important mais contrebalancé par des pertes massives. Alors que les valeurs technologiques représentent désormais 51 % de l'indice S&P 500, les investisseurs s'interrogent sur la capacité de ces investissements massifs à générer des retours sur investissement durables.



