Sde Teiman : la guerre entre le contrôle militaire et les besoins psychologiques des soldats

Lorsque la réalité expose les soldats à une mort sans fin, l'ancienneté devient un moyen de définition de soi. La capacité de l'ancien à commander le jeune est un privilège qui confère un statut informel, comme un jeu de roi et de sujet sur le terrain. Mais que se passe-t-il lorsque ce jeu se déroule sur fond d'une réalité de mort brute et infinie ?

YnetAuteur : Haviva Pedaya
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Sde Teiman : la guerre entre le contrôle militaire et les besoins psychologiques des soldats
Photo : Ynet / צילום: שימוש לפי סעיף 27א

Les événements qui ont eu lieu fin juillet au camp de Sde Teiman — le retrait des symboles, le démantèlement des positions des combattants qui venaient de rentrer du Liban, et la rébellion qui a suivi — ne sont pas un simple incident disciplinaire. Ils exposent un point de convergence traumatique où la dure réalité de la guerre rencontre les tentatives des soldats pour la traiter.

Pour comprendre la profondeur de la fracture, nous devons considérer Sde Teiman comme un « espace de transition » — un lieu où se rencontrent deux axes opposés : les rituels et symboles de traitement de la mort et les rituels d'initiation liés à l'ancienneté militaire. Dans toutes les sociétés humaines, les rituels d'initiation sont destinés à faire passer l'individu d'une étape de vie à une autre tout en prouvant ses compétences, tandis que les rituels de mort (comme les funérailles) visent à donner un sens au corps mort. Dans l'armée, l'accomplissement est d'être un « ancien » dans un endroit où vieillir de trois ans sans mourir est une réussite en soi.

Un mécanisme de survie

L'« ancienneté » n'est pas seulement du bizutage ; c'est un mécanisme qui crée une identité de groupe sous une pression extrême. Les jeux des êtres humains sont une tentative désespérée d'interpréter la réalité en temps de crise. La capacité de l'ancien à commander le jeune est un privilège qui lui confère un statut informel, comme un jeu de roi et de sujet sur le terrain. Mais que se passe-t-il lorsque ce jeu se déroule sur fond d'une réalité de mort brute et infinie ?

D'un côté se trouve l'axe de la mort : le rappel constant de la perte. De l'autre, l'axe de l'initiation : pour un soldat qui a vu les horreurs à Gaza et au Liban, les coutumes informelles et l'esprit d'unité sont des mécanismes de survie mentale. Les conteneurs trouvés dans l'enceinte du camp représentent ces axes : conteneurs réfrigérés pour les cadavres, et conteneurs pour les effets personnels et souvenirs, qui servent de « boîtes à mémoire » conçues pour protéger l'identité contre la mort qui menace de consumer l'âme.

Le fossé entre le commandement et les soldats

Lorsque le commandement ordonne le retrait des panneaux et la destruction des positions, il ne se contente pas d'appliquer des procédures ; il démantèle l'espace où les soldats accumulent leur identité. L'utilisation du folklore et des symboles — comme le panneau « Royaume des démons » — est un outil défensif, tout comme l'humour noir utilisé par la Chevra Kadisha à travers les générations pour ne pas se noyer dans le deuil.

Un fossé de témoignage et de culture est exposé ici entre le commandement et les soldats. Les commandants, qui viennent souvent d'un certain milieu culturel, ne comprennent pas le bagage culturel à travers lequel le soldat cherche à trouver un sens. Imposer des normes de commandement sèches, sans compréhension de l'espace culturel et mental, ne fait qu'intensifier la tension. La solution n'est pas le renvoi généralisé ou la seule punition disciplinaire. Il est fort possible que les soldats marqués comme « rebelles » soient ceux qui ont besoin d'aide et d'ateliers pour traiter le traumatisme. Les envoyer en prison sans soutien en santé mentale est une erreur critique.

L'armée doit développer des outils pour faire face au « choc de combat transparent ». La véritable réhabilitation ne se produira que lorsque toute la société israélienne comprendra les expressions de deuil de ses fils, traitera la blessure morale et s'efforcera d'atteindre la compassion, avec la compréhension que l'armée et la société sont le reflet l'une de l'autre.


Haviva Pedaya est poétesse, autrice et chercheuse en culture, judaïsme, Kabbale et hassidisme. Professeure d'histoire du peuple juif et fondatrice de l'Institut Reshimu et du Beit Midrash Petichta.

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