Renforcer, fortifier, développer
La nouvelle réalité exige non seulement une conception sécuritaire de la frontière, mais aussi une conception civile : des communautés fortes, de l'agriculture, de l'éducation, de l'emploi et une présence civile stable. Une frontière n'est pas seulement une ligne que l'on défend ; c'est aussi un espace où l'on vit.

Ces derniers mois, une lutte législative se déroule des deux côtés de l'océan dans le but d'abolir le terme « Cisjordanie ». Avant sa dissolution, la Knesset a approuvé la proposition en première lecture. Parallèlement, aux États-Unis, des membres républicains du Congrès promeuvent des initiatives similaires. Cette politisation ne s'arrête pas à la législation. Chaque média a un correspondant qui couvre la même zone avec un intitulé de poste différent. Dans un journal, il y a un correspondant pour les territoires, dans un autre une correspondante pour l'implantation, et à la télévision, également un correspondant pour les territoires. Ce ne sont pas des descriptions de poste neutres, mais des choix éditoriaux qui signalent au lecteur quel type d'histoire il va recevoir. La lutte pour la terminologie fait parfois oublier la géographie elle-même, et avec elle la capacité de parler de l'espace tel qu'il est.
Le terme peut-être le plus identifié à cette controverse est « Cisjordanie ». Il s'est imposé après la guerre d'Indépendance en 1948 et le règne jordanien, comme une description de la zone située à l'ouest du Jourdain et face à la rive orientale, sur le territoire que le royaume hachémite a reçu des Britanniques. Cependant, il y a ici une ironie historique : dès 1929, Zeev Jabotinsky utilisait la même géographie lorsqu'il écrivait « Deux rives a le Jourdain - celle-ci est à nous, celle-là aussi », exprimant ainsi une vision nationale juive des deux côtés du Jourdain. Le terme « Judée et Samarie » n'est pas non plus né après 1967 ; ces noms servaient de désignations géographiques aux régions du pays avant même la création de l'État. Au fil des ans, cette même géographie a donc reçu des noms différents, et chacun d'eux portait un point de vue différent : « Cisjordanie » comme description de l'espace par rapport au Jourdain, « Judée et Samarie » à travers la géographie historique, et « les territoires » à travers le conflit politique qui s'est développé après 1967.
Israël et la Jordanie ont une longue frontière commune. Pendant longtemps, elle a été perçue comme une frontière calme, mais ces dernières années, la contrebande d'armes, les tentatives de franchissement et la crainte de l'implantation d'éléments hostiles venant de l'est la ramènent au centre du débat. Historiquement, cela fait écho à une autre époque. Dans les années qui ont suivi la guerre des Six Jours, la vallée du Jourdain est devenue la « terre des poursuites ». Principalement entre 1967 et 1970, Tsahal a dû faire face à des cellules palestiniennes venant de Jordanie. Les poursuites, les embuscades et les combats le long du Jourdain ont façonné, durant ces années-là, la perception de la vallée comme un espace frontalier sécuritaire.
Aujourd'hui, le contexte politique et sécuritaire est totalement différent grâce au traité de paix, mais la contrebande et les infiltrations de ces dernières années rappellent que la géographie elle-même n'a pas changé. Début 2026, une tentative de contrebande depuis la Jordanie a été déjouée à l'aide d'un drone transportant 36 pistolets. La signification est claire : on ne peut pas traiter la zone entre les pays comme une « frontière calme » allant de soi. Il faut se rappeler qu'une partie importante de la population jordanienne est palestinienne, et le pays lui-même se trouve dans un espace qui a subi un profond bouleversement depuis le 7 octobre. En février 2025, un réseau a été démantelé, qui faisait passer des dizaines de pistolets et quatre armes longues de la frontière jordanienne vers la Judée et la Samarie.
Un regard d'est en ouest change la carte. Le Jourdain n'est pas seulement le point de référence dont dérive le terme « Cisjordanie » ; il fait également partie de notre frontière orientale. La vallée du Jourdain, par conséquent, n'est pas seulement une partie du territoire appelé « Cisjordanie », mais une partie d'une séquence géographique plus large de l'espace frontalier oriental, s'étendant vers le nord et le sud. La nouvelle réalité exige non seulement une conception sécuritaire de la frontière, mais aussi une conception civile : des communautés fortes, de l'agriculture, de l'éducation, de l'emploi et une présence civile stable. Une frontière n'est pas seulement une ligne que l'on défend ; c'est aussi un espace où l'on vit. La résilience des communautés qui s'y trouvent fait partie de la résilience de toute la frontière orientale.





