Quand la mer devient un espace de réhabilitation : comment le surf aide ceux qui souffrent de stress post-traumatique
Sans bureaucratie, sans limite de temps et avec une communauté qui perdure même après être sorti de l'eau, l'association « Surfeurs sans frontières » propose un modèle de réhabilitation unique. « La détresse existe dès le premier instant, et la réponse doit donc être immédiate. »

Sur la plage de Tel Baruch, au nord de Tel-Aviv, un groupe de surfeurs se réunit plusieurs fois par semaine pour une activité commune. Pour ceux qui passent par là, cela peut ressembler à un énième groupe sportif se retrouvant en mer, mais pour les membres du groupe, il s'agit de bien plus que cela.
Combattants, soldats, membres des forces de sécurité et victimes d'actes hostiles confrontés aux conséquences d'un traumatisme viennent ici dans le cadre d'un processus de réhabilitation destiné à les aider à reprendre progressivement le cours de leur vie. Pour beaucoup d'entre eux, les rencontres en mer sont l'occasion de renforcer leur confiance en eux, de recréer des liens sociaux et de trouver un espace sûr pour faire face à leurs difficultés.
L'activité, qui se déroule sur plusieurs autres plages du centre du pays, est organisée sous l'égide de l'association « Surfeurs sans frontières » (Golshim Lelo Gvulot), qui œuvre à la réhabilitation des personnes souffrant de stress post-traumatique par le surf, un accompagnement personnel et une communauté de soutien. Depuis l'attentat du 7 octobre et la guerre qui a suivi, le nombre de demandes adressées à l'association a considérablement augmenté, et à mesure que les combats se poursuivent, le cercle des personnes cherchant à s'intégrer dans un cadre de réhabilitation à long terme continue de s'élargir.
Au cœur de l'activité de l'association se trouve le concept selon lequel le surf peut servir d'outil de réhabilitation significatif dans le processus de guérison. Le séjour en mer, l'effort physique et la nécessité de se concentrer à chaque instant sur le mouvement des vagues permettent aux participants de se déconnecter, ne serait-ce que pour un court instant, de l'état d'alerte constant et de la charge mentale qui les accompagne.
Parallèlement à l'expérience physique, l'activité aide à retrouver un sentiment de contrôle, à renforcer la confiance en soi et à faire face progressivement aux défis. L'association souligne que le surf ne remplace pas un traitement médical ou psychologique, mais s'y intègre comme un outil de réhabilitation complémentaire.
« La mer n'efface pas le traumatisme, mais elle offre un répit », déclare Itay Axelrod, l'un des fondateurs de l'association « Surfeurs sans frontières ». « Nous voyons des gens qui arrivent après une longue période durant laquelle ils avaient du mal à sortir de chez eux, à dormir ou à être en compagnie d'autres personnes. Dans l'eau, il se passe quelque chose d'autre. Ils commencent à se sentir à nouveau capables, retrouvent confiance en eux et, surtout, comprennent qu'ils n'ont pas à faire face seuls. »
Au-delà du surf lui-même, l'une des caractéristiques marquantes de l'association est son modèle d'activité, construit sur la compréhension que le traumatisme ne suit pas de procédures. Contrairement à de nombreux cadres, l'adhésion n'est pas conditionnée par une reconnaissance du ministère de la Défense, une recommandation ou une approbation officielle. Tout combattant, soldat, membre des forces de sécurité ou victime d'actes hostiles ayant besoin d'aide peut rejoindre le groupe, même s'il est encore en plein milieu de longues procédures de reconnaissance.
Selon Axelrod, cette décision est née de la réalité sur le terrain : « Les gens ne peuvent pas attendre des mois ou des années avant d'être reconnus pour commencer à recevoir du soutien. Leur détresse existe dès le premier instant, et la réponse doit donc être immédiate. En ce qui nous concerne, la porte est ouverte à tous ceux qui ont besoin de nous. »
Un autre principe qui distingue l'activité de l'association est qu'elle n'a pas de « ligne d'arrivée ». Les participants ne sont pas limités en nombre de rencontres ou en durée de participation à l'activité. Certains viennent pendant quelques mois, d'autres continuent de venir des années plus tard. L'idée est que le processus de réhabilitation n'est pas uniforme et que chaque personne a besoin d'un rythme différent pour reconstruire sa confiance, sa stabilité et sa routine.
L'activité elle-même se déroule en petits groupes, chaque participant étant accompagné par un instructeur en tête-à-tête. Le lien ne s'arrête pas à une leçon de surf, mais inclut des rencontres personnelles, des conversations et un accompagnement continu. Avec le temps, des amitiés se nouent qui se poursuivent en dehors de la plage, et la communauté devient un réseau de soutien qui accompagne les participants dans leur vie quotidienne.
L'un des signes uniques de l'association est que les instructeurs eux-mêmes ne viennent pas toujours uniquement du monde du surf. Beaucoup d'entre eux sont arrivés par le passé en tant que stagiaires après avoir eux-mêmes souffert de stress post-traumatique, ont suivi un processus de réhabilitation dans le cadre de l'activité, puis ont choisi de rester pour guider les autres. Pour les nouveaux participants, la rencontre avec une personne ayant déjà parcouru un chemin similaire procure un sentiment d'identification et d'espoir difficile à créer par d'autres moyens.
Axelrod conclut qu'en fin de compte, le surf n'est que le début de l'histoire : « Nous n'apprenons pas seulement aux gens à surfer. Nous créons un endroit où ils peuvent se sentir en sécurité, intégrés et compris. La mer donne un sentiment de capacité, mais ce qui ramène les gens à la vie, c'est de savoir qu'il y a autour d'eux une communauté qui continue d'être présente même après qu'ils soient sortis de l'eau. »




