Le calendrier de Netanyahu le 7 octobre suscite de vifs débats sur ses décisions
La publication de l'emploi du temps de Benjamin Netanyahu le matin du 7 octobre révèle des retards dans sa prise de décision. Le chef de l'opposition Yair Lapid l'accuse d'inaction, tandis que son bureau défend sa gestion de crise.

Premiers appels et réactions à Césarée
L'analyse détaillée de l'emploi du temps du Premier ministre Benjamin Netanyahu le matin du 7 octobre 2023, publiée par son bureau, soulève de sérieuses questions au sein de l'appareil de sécurité quant à sa réactivité lors des premières heures de l'attaque du Hamas.
Netanyahu a reçu un premier appel de son secrétaire militaire, le général de division Avi Gil, à 6h29, l'informant du début de l'offensive depuis la bande de Gaza. Cet échange initial n'a pas été enregistré car il s'est déroulé via l'application WhatsApp. Le second appel, à 6h40, a été passé via le « téléphone rouge » sécurisé et a été enregistré. À ce moment-là, Netanyahu se trouvait dans sa villa privée de Césarée. L'entretien a duré quatre minutes, se terminant à 6h44.
Le secrétaire militaire a alors briefé le Premier ministre :
« Actuellement, ils procèdent à des évaluations de la situation, essayant de comprendre ce qui se passe. Des unités d'élite du Yamam ont été déployées d'urgence à Nativ HaAsara. La division de Gaza est en train de passer en mode d'urgence. Il ne fait aucun doute que nous sommes face à un événement d'une tout autre dimension. »
Netanyahu a demandé : « Très bien, pouvons-nous éliminer leur direction ? ». Avi Gil a répondu : « Monsieur le Premier ministre, nous sommes engagés dans une opération d'envergure. Donnez-moi quinze minutes, je dois aussi vérifier si nous n'avons pas d'infiltrations terrestres. Nous sommes en guerre. » Netanyahu a rétorqué : « Nous n'avons aucune indication, je ne vois rien dans les rapports de renseignement. » Gil a conclu : « Nous n'avons rien. Comme je vous l'ai dit, quelques incidents mineurs ont commencé. Mais nous devrons nous poser des questions plus tard sur la façon dont nous avons été surpris. »
Netanyahu a ensuite ordonné d'évaluer l'ampleur de l'attaque, d'examiner la nécessité de mobiliser les réservistes et de convoquer l'état-major le plus rapidement possible. Il a également demandé si l'attaque visait à procéder à des enlèvements, ce que Gil a confirmé comme étant l'hypothèse de travail.
De l'avis d'anciens hauts responsables de la défense, ces directives tactiques n'avaient aucune portée pratique à ce stade. « Netanyahu demande d'éliminer la direction. Et alors ? Qu'est-ce que cela signifie ? L'élimination des dirigeants relève d'une opération ciblée, alors qu'on lui annonce que nous sommes en guerre. Quel est le rapport ? Il a aussi ordonné de mobiliser les réservistes, mais ce processus avait déjà commencé de manière autonome », soulignent ces sources.
Retards de départ et arrivée à la Kirya
L'appel s'est terminé à 6h44. Le bureau du Premier ministre affirme que Netanyahu a quitté Césarée pour le quartier général de la Kirya à Tel-Aviv à 7h30, justifiant ce délai par le temps nécessaire à la « préparation du convoi ». Cependant, l'ancien Premier ministre Yair Lapid a témoigné plus tard qu'un convoi officiel peut démarrer en trois minutes sans préparation préalable. De plus, des résidents de Césarée ont filmé le départ du convoi à une heure encore plus tardive que celle déclarée officiellement.
En route vers Tel-Aviv, Netanyahu s'est entretenu avec le ministre de la Défense de l'époque, Yoav Gallant, qui lui a indiqué qu'il n'y avait pas encore de vision claire de la situation. Selon les registres du Shin Bet, le Premier ministre n'est arrivé à la Kirya qu'à 8h22, soit près de deux heures après le début de l'attaque.
À 9h55, Netanyahu a présidé une réunion d'évaluation dans le bunker de commandement avec Yoav Gallant, le chef d'état-major de l'armée Herzi Halevi, le directeur du Mossad, le chef du Shin Bet Ronen Bar, le chef du Conseil de sécurité nationale (CSN) et le chef de la direction des opérations de Tsahal. Lors de cette réunion, le Premier ministre a ordonné la fermeture hermétique de la frontière pour empêcher le transfert d'otages vers Gaza, a rejeté la recommandation de Tsahal d'une mobilisation partielle au profit d'un rappel complet des réservistes, et a ordonné la préparation d'une directive de guerre ainsi que le déploiement de forces face au front nord.
Les accusations de Yair Lapid
À 16h30, Netanyahu a rencontré le chef de l'opposition Yair Lapid à Tel-Aviv. Lapid a par la suite vivement critiqué la gestion du Premier ministre :
« Tous les relais de Netanyahu répètent de manière hystérique que ”personne ne l'a réveillé”. Contrairement à eux, je suis l'une des rares personnes à avoir rencontré Netanyahu le 7 octobre à 16h30. J'étais avec lui, je sais ce qui s'est passé, et je pose la question : une fois réveillé, qu'a-t-il fait ? Jusqu'à 16h30, Netanyahu a à peine fonctionné et n'a initié aucune mesure. Tout est consigné dans des protocoles qu'il cherche désespérément à dissimuler. L'armée proposait des actions et il se contentait de les approuver sans discussion. Rien ne venait de lui. »
Lapid a ajouté que Netanyahu n'avait pas communiqué avec les localités du sud, n'avait pas redéployé de brigades et n'avait émis aucun ordre opérationnel, tout en trouvant le temps de s'entretenir par téléphone avec le Premier ministre néerlandais de l'époque, Mark Rutte.
Réplique du bureau du Premier ministre
Parallèlement, le conseiller de Netanyahu, Topaz Luk, a déclenché une polémique en affirmant sur les réseaux sociaux que le Premier ministre avait été le seul à gérer efficacement la crise le 7 octobre, face à un commandement militaire en état de choc. Des responsables de la défense ont exprimé leur indignation face à ces propos, rappelant que Luk n'avait assisté à aucune réunion confidentielle et ne disposait pas des habilitations de sécurité requises.
Dans sa réponse officielle, le bureau du Premier ministre a publié un calendrier détaillé, affirmant que Netanyahu avait dirigé les opérations avec fermeté dès les premiers instants. Le communiqué souligne que le Premier ministre a pris des décisions cruciales, notamment en imposant une mobilisation générale contre l'avis initial de Tsahal, permettant ainsi de redresser la situation militaire.



