Lorsqu'un pays exporte un réacteur nucléaire, il construit un partenariat stratégique à long terme

L'exportation de réacteurs nucléaires n'est pas seulement un projet d'infrastructure, mais un levier d'influence géopolitique. Le fournisseur verrouille des relations technologiques et politiques pour des décennies.

CalcalistAuteur : Doron Peskin
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Lorsqu'un pays exporte un réacteur nucléaire, il construit un partenariat stratégique à long terme
Photo : Calcalist / צילום: Saul Loeb / AFP

À première vue, une centrale nucléaire ressemble à un projet d'infrastructure classique : le pays a besoin d'électricité, une entreprise construit un réacteur et l'énergie est injectée dans le réseau. Cependant, dans le monde nucléaire, la transaction ne s'arrête pas au raccordement. Le pays fournisseur reste impliqué pendant des décennies via la fourniture de combustible, la formation des ingénieurs, la maintenance et la gestion du combustible usé. C'est pourquoi la course actuelle aux réacteurs est une lutte géopolitique.

Actuellement, 77 réacteurs sont en construction et environ 120 sont en phase de planification. La croissance se concentre en Asie et dans les pays cherchant à développer leurs programmes nucléaires. Pour les États-Unis, la Russie et la Chine, chaque réacteur vendu permet de verrouiller des relations technologiques, financières et politiques pour toute une génération.

L'importance stratégique des accords

L'exemple le plus récent est l'Arabie saoudite. Le 22 juillet, Washington et Riyad ont signé un « accord 123 » de coopération nucléaire civile. Le département de l'Énergie des États-Unis l'a défini comme une « base pour un partenariat de plusieurs décennies d'une valeur de plusieurs milliards de dollars », soulignant l'objectif de renforcer la position concurrentielle américaine. Derrière le discours commercial se cache un choix stratégique : si les États-Unis ne fournissent pas la technologie, la Russie, la Chine ou la Corée du Sud le feront.

Moscou a fait de l'exportation nucléaire l'un de ses outils d'influence majeurs. Fin 2025, Rosatom avait des accords pour construire 22 réacteurs dans sept pays.


Les risques de « capacité latente »

Une centrale électrique n'est pas une bombe nucléaire en soi. Le risque réside dans le cycle du combustible. L'enrichissement de l'uranium et le retraitement du combustible usé peuvent rapprocher un pays de la capacité de produire des matières fissiles à usage militaire. La question en Arabie saoudite ne concerne donc pas seulement la construction, mais les capacités supplémentaires que le royaume pourrait acquérir.

L'accord États-Unis-Émirats arabes unis de 2009 était considéré comme l'« étalon-or » car Abou Dabi avait renoncé à l'enrichissement et au retraitement. Au Moyen-Orient, cela revêt une importance particulière, compte tenu des déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane sur la volonté du royaume d'obtenir l'arme nucléaire si l'Iran franchissait ce pas.

Modèles de dépendance

Le modèle russe, visible en Turquie avec la centrale d'Akkuyu, repose sur le principe Build-Own-Operate (construire-posséder-exploiter). Cela crée une dépendance profonde, différente de celle du gaz ou du pétrole : changer de fournisseur nucléaire est complexe en raison des exigences de licence, d'adaptation du combustible et de formation du personnel.

La Chine, bien qu'en retard sur la Russie en nombre d'exportations, propose des offres globales incluant crédit, construction, combustible et services. Lorsque ces offres émanent d'entreprises d'État, la frontière entre commerce et politique étrangère s'estompe. Le problème est la concentration des connaissances et du financement entre les mains d'un seul fournisseur. Plus la dépendance est forte, plus le coût d'une confrontation politique avec cette puissance est élevé.

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