L'intelligence artificielle ne prédit pas l'avenir ; elle le crée

Les systèmes d'IA comme ChatGPT pourront-ils un jour contrôler notre destin ? Les auteurs soutiennent que des limites fondamentales de la nature et de la société rendent la prédiction humaine parfaite impossible.

CalcalistAuteurs : Ilya Morgulev, Felix Lebed
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L'intelligence artificielle ne prédit pas l'avenir ; elle le crée
Photo : Calcalist / פרופ' פליקס לבד

Le jour viendra-t-il où les systèmes d'intelligence artificielle (IA) tels que ChatGPT et Claude pourront prédire nos décisions, orienter nos vies et même contrôler l'avenir de la société humaine ? Pendant des décennies, un tel scénario a été le domaine des auteurs de science-fiction. Depuis Evgueni Zamiatine et Aldous Huxley jusqu'à Philip K. Dick et des séries modernes comme « Black Mirror », « Westworld » et « Devs », la culture a exploré la manière dont les algorithmes pourraient déterminer le comportement humain.

Cependant, ces dernières années, la frontière entre l'imagination et la réalité s'estompe. Les systèmes d'IA sont capables de traiter de vastes quantités d'informations et d'identifier des modèles complexes. Aujourd'hui, ils aident à sélectionner les candidats à un emploi, évaluent les risques médicaux et classent le potentiel des jeunes athlètes. À mesure que ces systèmes s'améliorent, le sentiment grandit que nous nous dirigeons vers un avenir où les algorithmes ne se contenteront pas de prédire nos décisions, mais façonneront notre parcours de vie. Ce concept est appelé « déterminisme numérique ».

Les limites de la prédictibilité

Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Culture, nous proposons une image plus complexe. Nous soutenons qu'il existe des limites fondamentales de la nature et de la société humaine qui empêchent une prédiction parfaite du comportement humain. En d'autres termes, tout ce qui peut être mesuré ne peut pas être prédit.

L'un de nos arguments repose sur le monde du sport. Même les lancers francs au basket-ball — une action routinière — ne sont pas identiques les uns aux autres. Malgré la constance des conditions, les meilleurs joueurs du monde ne peuvent pas reproduire exactement le même mouvement à chaque fois. Des études neurophysiologiques montrent que la source est le « bruit moteur » — des fluctuations minuscules et inévitables du système nerveux. Ce n'est pas une erreur, mais une caractéristique fondamentale du système biologique.

Émergence et systèmes sociaux

Le même principe s'applique en dehors du terrain : une légère déviation pendant la conduite ou une faute de frappe peut modifier la séquence des événements. Ici entre en jeu le concept d'« émergence », où la connexion entre de nombreuses parties crée un phénomène complètement nouveau. Un embouteillage, par exemple, naît souvent non pas d'un accident, mais d'une réaction en chaîne de freinages entre conducteurs. La société humaine fonctionne de manière similaire : d'innombrables petites interactions créent des modèles qui ne peuvent être prédits à l'avance.

Cela signifie-t-il qu'il n'y a rien à craindre de l'IA ? Pas du tout. C'est là que réside le paradoxe : un algorithme est incapable de prédire l'avenir, mais dès l'instant où nous lui donnons le pouvoir de prendre des décisions — qui sera embauché ou recevra un prêt — il façonne la réalité dans la pratique. Au lieu de prédire l'avenir, il le crée tout simplement. Les décisions sociales et fondées sur des valeurs les plus importantes doivent rester entre nos mains.

Le professeur Ilya Morgulev est le directeur du programme MPE d'éducation physique et de sport au Kaye College. Le professeur Felix Lebed est chercheur et conférencier au Kaye College et expert international en théorie des systèmes complexes.

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