Les collaborateurs de Nétanyahou ont alimenté le Premier ministre en informations sur les otages « pour qu'il ait l'air de s'en soucier », et ont semé la discorde entre le ministre de la Défense et le chef d'état-major
La correspondance entre Urich, Feldstein et Topaz Luk révèle comment, dès le matin du 7 octobre, l'entourage du Premier ministre gérait son image publique : « Pas de costume, mode combat ». Plus tard, ils ont discuté de la manière de le préparer à une rencontre avec les familles des otages pour qu'il paraisse « intéressé », ont tenté de semer la discorde entre Yoav Gallant et Herzi Halevi pour pousser le chef d'état-major à la démission, et ont dicté à Yaakov Bardugo ce qu'il devait dire à l'antenne.

« Créer la réalité, manipulateur numéro un » : la correspondance entre de hauts responsables du bureau du Premier ministre Benyamin Nétanyahou révèle comment le mécanisme médiatique de son entourage a fonctionné pendant la guerre — depuis les premières heures du massacre du 7 octobre, en passant par les luttes au sommet de l'appareil de sécurité, jusqu'aux messages transmis en temps réel au commentateur et présentateur Yaakov Bardugo. La correspondance entre les conseillers de Nétanyahou — Yonatan Urich, Eli Feldstein et Topaz Luk — a été révélée ce mercredi sur i24NEWS.
L'une des premières correspondances est datée du 7 octobre lui-même. À 11h37, quelques heures après le début de l'attaque du Hamas, Feldstein a suggéré à Topaz Luk comment Nétanyahou devrait apparaître lors de son apparition publique : « Pas de costume et pas de cravate. Mode combat ». Luk lui a répondu : « Allô, tu veux apprendre au mixeur ? ». Selon les révélations, les conseillers ont utilisé à plusieurs reprises des expressions concernant la « manipulation » et la création du récit médiatique.
Cynisme envers les familles des otages
Le cynisme est particulièrement évident dans une correspondance de novembre 2023, à l'approche d'une réunion du cabinet de guerre avec les familles des otages. Urich a demandé à Feldstein des idées avant la réunion, et Feldstein a suggéré d'alimenter Nétanyahou à l'avance avec des détails personnels sur certaines familles, y compris des informations sur des proches assassinés. L'objectif était que cela « montre qu'il s'en soucie, qu'il sait et qu'il s'intéresse », afin que Nétanyahou puisse sortir les détails pendant la conversation au lieu de les entendre pour la première fois de la part des familles.
Tentatives de division au sein de l'appareil de sécurité
La correspondance révèle également une tentative délibérée de créer un fossé entre le ministre de la Défense de l'époque, Yoav Gallant, et le chef d'état-major de l'époque, Herzi Halevi. En juin 2024, Feldstein a rédigé une demande destinée à un journaliste, selon laquelle Gallant aurait parlé avec le directeur général du ministère de la Défense de l'époque, Eyal Zamir, de la possibilité qu'il serve comme prochain chef d'état-major. Feldstein a explicitement expliqué l'objectif : « Enfoncer un coin entre Herzi et Gallant », afin de donner l'impression à Halevi que Gallant s'occupait déjà de son remplaçant « par-dessus sa tête » pour promouvoir la démission du chef d'état-major.
Contrôle médiatique en temps réel
Une partie centrale concerne la relation entre le personnel du bureau de Nétanyahou et Yaakov Bardugo. La correspondance montre qu'il ne s'agissait pas seulement de transmettre des informations, mais de rédiger des messages détaillés envoyés en temps réel pour qu'il les présente à l'antenne. Le 8 mai 2024, le jour où le chef d'état-major Herzi Halevi a informé le général de brigade Ofer Winter de la fin de son service à Tsahal, Urich a demandé à Feldstein : « Que doit dire Bardugo sur Winter ? ». Après avoir rédigé un message attaquant Halevi, Feldstein a confirmé : « J'ai tout envoyé à Bardugo ».



