Le piège du réacteur nucléaire : sensible aux sécheresses mais essentiel pour l'IA

La demande croissante en énergie liée à l'IA relance l'intérêt pour le nucléaire, mais le réchauffement climatique et la baisse du niveau des cours d'eau fragilisent la fiabilité des centrales, imposant des réductions de production.

CalcalistAuteur : Shani Ashkenazi
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Le piège du réacteur nucléaire : sensible aux sécheresses mais essentiel pour l'IA
Photo : Calcalist / צילום: Romain Perrocheau / AFP

La demande croissante en énergie et l'accélération fulgurante de l'intelligence artificielle ramènent le monde vers une course aux armements dans le domaine de l'énergie nucléaire. Cependant, le réchauffement climatique pose un obstacle majeur : la baisse du niveau des rivières, indispensables au refroidissement des centrales, compromet la stabilité de l'approvisionnement.

Alors que l'Europe subit des vagues de chaleur intense et que la demande en climatisation atteint des sommets, des réacteurs nucléaires sur six sites ont dû réduire leur production ou être arrêtés ces derniers mois. La France, principale victime avec une baisse record de 20 % de sa production, a vu plusieurs unités suspendre leurs activités. Des dommages similaires ont été enregistrés en Europe centrale et orientale, où la sécheresse a fait chuter le Danube à un niveau historiquement bas, affectant les centrales de Paks en Hongrie, de Cernavodă en Roumanie et de Beznau en Suisse.

Le dilemme énergétique

Les réacteurs nucléaires nécessitent d'énormes quantités d'eau pour leur refroidissement, laquelle est ensuite rejetée dans l'environnement. En période de canicule, la température de l'eau des rivières augmente, rendant son rejet impossible pour protéger les écosystèmes. Cette année, trois vagues de chaleur ont déjà contraint les opérateurs à réduire la production, rappelant la crise de 2022 qui avait fait grimper les prix de l'électricité en France, en Italie et au Royaume-Uni.

Malgré ces inconvénients, de nombreux pays européens révisent leur stratégie. L'Italie prépare l'annulation de son interdiction de construire des centrales, la Belgique et la Suède reviennent sur leurs décisions d'abandon du nucléaire, et le Royaume-Uni simplifie sa réglementation pour favoriser les nouveaux projets. Si beaucoup voient dans le nucléaire la source d'énergie décarbonée idéale pour les centres de données d'IA, les experts soulignent les risques à long terme et les incertitudes économiques.


Délais et coûts

La construction d'une centrale nucléaire prend en moyenne 14,5 ans, contre 5 ans ou moins pour les parcs éoliens et solaires. Selon Lazard, le coût actualisé moyen de l'énergie (LCOE) pour une nouvelle centrale nucléaire est de 155 dollars par MWh, contre 43 dollars pour l'éolien terrestre et 41 dollars pour l'énergie solaire commerciale.

Par ailleurs, la gestion des déchets radioactifs, qui doivent être isolés pendant des centaines de milliers d'années, reste un défi immense. Même les réacteurs modernes ne sont pas à l'abri de défaillances des systèmes de refroidissement, comme l'ont prouvé les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, entraînant des pollutions environnementales transfrontalières majeures.

L'avenir des petits réacteurs modulaires (SMR)

Les petits réacteurs modulaires (SMR) sont présentés comme une solution plus économique et adaptée aux besoins des centres de données d'IA. Toutefois, cette technologie n'a pas encore fait ses preuves commercialement. L'annulation du projet NuScale dans l'Idaho en 2023, suite à une hausse des coûts de 58 à 89 dollars par MWh, a porté un coup dur à l'industrie. À l'heure actuelle, les énergies renouvelables demeurent une solution plus rapide et plus rentable pour répondre à l'insécurité énergétique croissante.

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