Le grand test de l'AIPAC : la candidate afghane et la dérive anti-israélienne au Congrès
Après une série de victoires des opposants à Israël lors des récentes primaires malgré les investissements massifs du lobby pro-israélien, la bataille se déplace en Californie. Si Aisha Wahab l'emporte face à la candidate soutenue par l'AIPAC, Melissa Hernandez, cela confirmerait que l'argent du lobby perd de son efficacité. Certains observateurs s'inquiètent : « Le lobby du génocide au Congrès continuera de croître ».

Depuis quelques semaines, les habitants de la région de la baie de San Francisco sont inondés de publicités électorales mettant en garde contre la sénatrice de l'État, accusée d'être trop clémente envers les trafiquants de drogue et les proxénètes. Derrière cette campagne de plus de quatre millions de dollars ne se cache pas une organisation de parents, mais le lobby pro-israélien AIPAC. L'objectif est de faire échouer la candidature d'Aisha Wahab, qui participe aujourd'hui (mardi) à une élection spéciale décisive pour un siège au Congrès américain.
Bien que les publicités d'attaque ne mentionnent pas explicitement « Israël », il est clair que la cible a été choisie en raison de ses positions politiques. Certains dirigeants juifs ont tenté de nuancer : « Elle n'est pas antisioniste et ce n'est pas Rashida Tlaib ou Ilhan Omar », a déclaré Ty Gregory, directeur du Conseil des relations avec la communauté juive (JCRC) de San Francisco. Malgré cela, l'AIPAC refuse de prendre le risque de voir la première Afghano-Américaine élue à la Chambre des représentants.
Le vote d'aujourd'hui constitue le tour final de l'élection spéciale pour remplacer le membre démocrate du Congrès Eric Swalwell. La gagnante occupera le poste jusqu'en janvier, avant une nouvelle élection en novembre pour un mandat complet de deux ans.
« Guerres inutiles » et divisions partisanes
Les chefs de file du Parti démocrate, dont Nancy Pelosi et Hakeem Jeffries, ont tenté de rallier le parti derrière l'ancien législateur Bob Wieckowski pour éviter une course coûteuse, mais Wahab a refusé de se retirer. Elle arrive en tête du scrutin, ayant obtenu 43 % des voix en juin contre 17 % pour Melissa Hernandez.
Hernandez, 51 ans, politicienne chevronnée, bénéficie du soutien des syndicats de police et de pompiers ainsi que d'un avantage financier considérable grâce à l'AIPAC. Tandis qu'Hernandez met l'accent sur le soutien aux petites entreprises, Wahab axe sa campagne sur la fin de l'implication des États-Unis dans des « guerres inutiles » qu'elle juge coûteuses pour le contribuable.
Position sur Israël et Gaza
Bien que la politique étrangère ne fût pas au cœur des débats, Wahab a qualifié explicitement la situation à Gaza de « génocide » lors d'un débat en avril et s'est engagée à soutenir la fin de l'aide militaire américaine à Israël. Son bilan législatif reste toutefois complexe : elle a co-parrainé une résolution appelant à un cessez-le-feu qui condamnait explicitement le Hamas et exigeait la libération des otages.
L'organisation libérale-sioniste J Street a lancé une campagne pour soutenir Wahab, exhortant les électeurs à rejeter les « mensonges républicains de l'AIPAC ». Cette bataille survient après l'échec récent de l'AIPAC dans le Michigan à empêcher la victoire du candidat progressiste Abdul El-Sayed.
La biographie de Wahab façonne son image de combattante : née de parents réfugiés afghans, elle a perdu ses parents très jeune et a grandi dans le système de placement familial. Son parcours politique est marqué par son plaidoyer pour la protection sociale et des initiatives controversées, comme son projet de loi visant à interdire la discrimination fondée sur les castes. L'élection d'aujourd'hui sera un indicateur clé de la capacité d'influence financière du lobby face à la polarisation croissante au sein du Parti démocrate.




