« L'ange des blessés » : l'homme qui a transformé une tragédie personnelle en mission
Sans titres, sans uniforme et à ses propres frais : Malkiel Lerner arrive auprès des soldats blessés de Tsahal dans les 24 premières heures suivant leur blessure pour leur redonner espoir. Dans une interview sans détour avec Oded Harush, il raconte le traumatisme qui l'a conduit à trouver sa vocation.

Pendant trois décennies, sans organisation officielle derrière lui et avec des moyens extrêmement limités, Malkiel Lerner consacre sa vie à une seule chose : relever celui qui est tombé. Pour des milliers de soldats blessés de Tsahal et de victimes d'actes hostiles qui arrivent dans leurs moments les plus difficiles dans les services de rééducation et de traumatologie des hôpitaux, Malkiel n'est pas un invité comme les autres — il est une ancre d'espoir. Dans une réalité d'incertitude, il apparaît dans les 24 premières heures suivant la blessure, se glisse dans le cercle de la famille et des amis, et leur rappelle que le peuple d'Israël ne les a pas oubliés un seul instant.
« J'ai compris que j'avais un rôle dans le monde »
L'histoire de la vie de Lerner est le fondement sur lequel sa mission a été construite. Dans sa jeunesse, il a subi un grave traumatisme crânien qui a conduit à 19 années de lutte contre le stress post-traumatique, la confusion et un sentiment de vide. Le tournant a eu lieu le 25 février 1996, le jour de l'attentat grave sur la ligne de bus 18 à Jérusalem.
Lorsqu'il est arrivé à l'hôpital pour rencontrer la famille de l'une des blessées critiques, Dana Shimshon, à qui les médecins ne donnaient aucune chance de survie, il a choisi de révéler son histoire personnelle : « J'ai dit aux parents : "Si j'ai traversé cela et réussi à surmonter ma blessure, je vous promets que Dana s'en sortira aussi". Qui suis-je pour assumer des rôles qui ne sont pas les miens ? Mais au moment où je l'ai dit, j'ai dit que je devais investir tout mon être dans cette histoire ».
Un an et demi plus tard, Lerner a eu le privilège de se tenir sur le côté et de voir Dana marcher vers son dais nuptial. À ce moment-là, alors qu'il fondait en larmes, il a compris qu'il avait trouvé sa vocation.
Un « petit ange » dans la poche
La méthode de Lerner est unique et découle d'une compréhension profonde de l'âme brisée. Il arrive à l'hôpital, lit un message personnel chaleureux, puis sort de son sac un objet devenu sa marque de fabrique — un drapeau d'Israël sur lequel est brodée l'inscription « Je te salue, mon frère ».
« Je dis au blessé : "Ce drapeau est comme un petit ange assis sur ton épaule, et chaque fois que tu es déprimé ou que tu souffres, le petit ange te murmurera à l'oreille : lève-toi, combattant, car le peuple d'Israël t'aime" ».
En plus du drapeau, il a inventé son propre outil thérapeutique unique : « Le carnet du météore qui a réussi à se relever ». Il demande aux blessés d'écrire sur la première page l'histoire complète de la blessure, sur la dernière page leurs rêves pour les dix prochaines années, et au milieu toutes les peurs et les douleurs. Fort de ses décennies d'expérience, Lerner croit que libérer les fardeaux profonds de la tête permet à l'âme d'être à nouveau libre de rêver et de réaliser.
Il y a le bénévolat et il y a une mission
Beaucoup se demandent comment un homme qui a travaillé pendant de nombreuses années comme balayeur de rues pour la municipalité de Jérusalem, puis comme caissier dans la chaîne « Osher Ad », parvient à financer des voyages constants en bus entre les hôpitaux à travers le pays tout en élevant une famille. La réponse de Lerner est sans équivoque : « Il y a une chose qui s'appelle le bénévolat et une chose qui s'appelle une mission, et quand j'ai compris qu'accompagner les blessés est ma mission, alors rien ne m'arrête... Combien cela vaut-il de redonner le sourire et l'espoir à une personne blessée ? Il n'y a pas d'argent pour cela ».
Même lorsque ses enfants lui demandent comment il est possible qu'après 30 ans de travail colossal, il n'ait jamais reçu de signe officiel de reconnaissance ou de prix de la part de l'État, Lerner ne garde aucune rancune et ne cherche pas les projecteurs. De son point de vue, la plus grande récompense lui a déjà été donnée sur le terrain : « Leur rééducation — c'est ma récompense ».
Le ciel est la limite
Lerner, qui fait lui-même face aux conséquences de sa blessure, a l'habitude de réciter aux blessés l'acronyme du mot « Ashir » (riche) — yeux (einayim), dents (shinayim), mains (yadayim), tête (rosh). Son message est distillé et poignant : tant que la tête contrôle le handicap et non le handicap la tête, le chemin est ouvert et le ciel est la limite.
À une époque où la société israélienne fait face à des milliers de blessés physiques et mentaux, l'histoire de Malkiel Lerner est un rappel puissant de la force du véritable amour inconditionnel. Un homme, sans uniforme et sans titres officiels, qui prouve chaque jour que parfois, tout ce qu'il faut pour relever un combattant, c'est quelqu'un qui s'assoit à côté de lui, lui tient la main et lui rappelle qui il est vraiment.




