La manœuvre qui a transféré la sécurité nationale d'Israël entre les mains de Donald Trump

La stratégie cachée du président américain, le plan en 15 points à Gaza et l'accord dont Israël n'est presque pas partie prenante. Comment Israël a « externalisé » sa politique de sécurité — comment cela fonctionne et que faire ? Le général de division (rés.) Tamir Hayman, dans une chronique d'analyse spéciale.

N12Auteurs : Tamir Hayman, ancien chef de l'Aman
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La manœuvre qui a transféré la sécurité nationale d'Israël entre les mains de Donald Trump
Photo : N12 / עיבוד: AP, getty images

Que veut vraiment Donald Trump au Moyen-Orient ? Les États-Unis travaillent énergiquement à la mise en œuvre de sa vision — à Gaza, en Syrie et au Liban. Certains prétendent que Donald Trump n'a pas de stratégie. L'histoire en jugera, mais pour l'instant, les actions sur le terrain suggèrent le contraire. Donald Trump façonne la région selon des lignes politiques assez claires. Certes, sa conception est parfois erronée car elle ne prend pas suffisamment en compte la religion et l'idéologie. Et le fait qu'il tweete des messages contradictoires à un rythme effréné n'aide pas à comprendre la situation. Mais il a une politique. Et elle affecte directement Israël.

Car Israël a, en fait, accepté une externalisation américaine de sa politique de sécurité nationale. C'est une évolution spectaculaire : la vision américaine façonne en réalité la politique de sécurité nationale d'Israël. Pas Jérusalem, Washington. L'examen de la mise en œuvre de cette vision à Gaza est une étude de cas qui nous apprendra à quoi cela ressemblera à l'avenir au Liban et en Syrie.

Comment le plan en 20 points est devenu réalité

Le plan en 20 points est, en fait, une mise en œuvre de la décision du gouvernement israélien concernant le « jour d'après » à Gaza, décision prise avant même la manœuvre terrestre et restée sur l'étagère, jusqu'à ce que Donald Trump l'impose de l'extérieur. Le plan approuvé par le cabinet de guerre a déterminé qu'après la défaite du Hamas, le contrôle civil à Gaza serait transféré à une administration technocratique non liée au Hamas ni à l'Autorité palestinienne, et que l'initiative visant à élargir les accords d'Abraham serait renouvelée.

Qu'est-ce qui a provoqué cela précisément maintenant ? Une combinaison de trois facteurs : le plan israélien de conquête de la ville de Gaza, la pression des familles des otages sur le président et l'attaque israélienne à Doha qui a ébranlé la confiance des pays du Golfe. Cette séquence a conduit Donald Trump à imposer le plan qui a finalement conduit à la libération des otages. Le plan comprenait également la création d'un conseil de gestion international dédié à Gaza (Conseil de la paix, Board of Peace, en abrégé : BoP), dont le rôle est de superviser l'administration technocratique qui remplacera le Hamas au pouvoir (Conseil administratif national de Gaza, NCAG). Cette administration sera assistée par des forces de sécurité internationales pour maintenir l'ordre public et superviser la démilitarisation de la bande (Force internationale de stabilisation, ISF).


Le plan en 15 points : un accord sans la participation d'Israël

Contrairement au plan en 20 points, signé par Israël, il s'agit d'un accord dont il est presque totalement absent (à l'exception de l'approbation du cabinet pour l'entrée de forces militaires étrangères sur le territoire israélien — approbation reçue le 26 juillet). Le plan en 15 points est un accord entre le Conseil de la paix et le Hamas, destiné à convaincre l'organisation d'accepter l'entrée du gouvernement technocratique.

Au-delà des discours généraux, le plan comporte trois problèmes pratiques réels :

  1. Le Qatar et la Turquie font partie du mécanisme de vérification censé rendre compte du démantèlement des armes du Hamas — un rapport qui obligera Israël à un retrait parallèle. La crainte : qu'ils soient en fait intéressés par le maintien du statut du Hamas dans la bande.

  2. Les armes du Hamas seront déposées auprès d'une autorité de sécurité palestinienne dont la composition et l'autorité ne sont pas claires. Selon les déclarations publiques des membres du Hamas, les armes personnelles — y compris les charges et les lance-grenades — ne sont pas du tout incluses dans le dépôt.

  3. On ne sait pas exactement qui maintiendra l'ordre public dans la bande. L'accord de principe pour intégrer des membres du Hamas dans cette force (sous réserve d'une habilitation de sécurité et de la remise des armes) pourrait créer exactement ce qu'ils voulaient empêcher : une administration technocratique dont la force de sécurité intérieure est composée, en pratique, par le Hamas.

Cinq recommandations pour Israël

  1. Expliquer. Le gouvernement israélien doit mieux expliquer au public la politique, sa mise en œuvre sur le terrain et les opportunités qu'elle recèle.

  2. Coopérer. Israël n'a pas beaucoup d'amis aux États-Unis, et perdre le soutien du président à un moment aussi critique est trop dangereux.

  3. Accélérer. Le plan de Donald Trump convertit les réalisations militaires de Tsahal en une réalisation politique. Le processus de retrait est progressif, conditionné à la vérification, et peut être arrêté à n'importe quel stade.

  4. Équilibrer. Les déclarations qui aident la campagne à court terme pourraient nuire aux relations avec le président américain à moyen terme.

  5. Superviser. Israël a choisi d'externaliser sa sécurité nationale à Washington. La question qui reste est de savoir s'il saura également superviser le fournisseur.

Le général de division (rés.) Tamir Hayman est un ancien chef de l'Aman et un ancien commandant du Corps du Nord. Il dirige actuellement l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS).

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