Israël : le ministère des Affaires sociales bloque les décrets sur le handicap après un désaccord
Le ministère israélien des Affaires sociales a retiré les décrets d'application de la loi sur le handicap après un désaccord budgétaire avec la députée Michal Woldiger. Les travailleurs sociaux annoncent une grève partielle face à la surcharge de travail.

Conflit de compétences et enjeux budgétaires
Le ministère des Affaires sociales a retiré à la dernière minute les décrets d'application de la loi sur les services sociaux pour les personnes en situation de handicap. Cette décision intervient sur fond de désaccord majeur avec la présidente de la commission des Affaires sociales de la Knesset, la députée Michal Woldiger, concernant les limites de la responsabilité du ministère vis-à-vis des personnes souffrant de troubles mentaux.
Le ministère souhaite exclure du champ d'application de la loi et des services associés les personnes présentant un déclin cognitif lié à des troubles psychiatriques. Il fait valoir que cette population bénéficie déjà des services du ministère de la Santé via le panier de réhabilitation (« sal shikum »), la santé mentale relevant de la compétence exclusive de ce dernier.
Selon le ministère des Affaires sociales, l'orientation massive de ses ressources vers les personnes souffrant de troubles mentaux se ferait au détriment des personnes handicapées qui ne disposent d'aucune autre structure de prise en charge, notamment les personnes autistes, les personnes atteintes de déficience intellectuelle ou de handicaps physiques et cognitifs divers.
Réforme structurelle et projections financières
La loi sur les services sociaux pour les personnes en situation de handicap est une législation majeure votée sous la précédente législature. Son application doit transformer en profondeur la manière dont le ministère des Affaires sociales accompagne les usagers. Le principe fondamental de cette loi est que les services seront désormais octroyés en fonction du niveau de soutien requis par la personne, et non plus sur la base de son diagnostic médical.
L'entrée en vigueur effective de la loi dépend de l'approbation des décrets par la commission des Affaires sociales de la Knesset. Alors que la commission devait se réunir demain, malgré les vacances parlementaires de la Knesset, le ministère a retiré les textes face à l'opposition de Michal Woldiger à l'exclusion des personnes atteintes de « handicap cognitivo-neuropsychologique ».
Le ministre des Affaires sociales, Haim Katz, a adressé une lettre à Michal Woldiger pour l'avertir des risques de dépassement budgétaire :
« L'inclusion de cette population dans le champ d'application de la loi... se fera nécessairement aux dépens des populations actuellement prises en charge par le ministère des Affaires sociales, pour lesquelles cette loi a été conçue et constitue le seul cadre législatif existant. »
Michal Woldiger a répliqué :
« Rien ne justifie de priver une personne en situation de handicap de l'aide dont elle a besoin, sous le seul prétexte qu'elle présente également un autre handicap. »
Le ministère a présenté des données indiquant qu'environ 15 000 personnes souffrant de troubles mentaux présentent également un déclin cognitif. Selon ses calculs, l'intégration de cette population pourrait alourdir le budget de la loi d'un milliard de shekels supplémentaires, s'ajoutant aux deux milliards déjà alloués.
Michal Woldiger a contesté ces chiffres, rappelant que le nombre total de bénéficiaires du panier de réhabilitation du ministère de la Santé s'élève à environ 45 000 personnes, dont un tiers ne fait pas valoir ses droits. Le ministère soutient quant à lui que ses prévisions reposent sur le potentiel de croissance de cette population dans les années à venir.
Le docteur Edut Saragusti, responsable de la promotion des politiques au sein de l'organisation « Bizchut », a commenté la situation :
« La définition proposée par le ministère signifie qu'une personne ayant un handicap cognitif important pourrait être exclue de la loi simplement parce qu'elle souffre également d'un trouble mental. La question centrale doit être la limitation fonctionnelle de la personne et ses besoins, et non la cause de son handicap. »
Grève des travailleurs sociaux
En parallèle, les préparatifs de l'application de la loi ouvrent un autre front. Le syndicat des travailleurs sociaux a annoncé le lancement de mesures de grève partielles en raison de la surcharge de travail attendue. Le syndicat a déclaré que ses membres cesseraient de participer aux réunions et aux formations du ministère concernant les handicaps jusqu'à la résolution du conflit.
Le syndicat a précisé qu'il « soutient la loi et son objectif d'élargir les droits des personnes handicapées », mais que « l'État ne peut pas imposer de nouvelles tâches aux agents sans leur fournir les effectifs et les ressources nécessaires ».
Le ministère des Affaires sociales a rejeté ces arguments :
« Le ministère se prépare depuis longtemps à l'application de la loi et a mobilisé les ressources nécessaires, y compris des postes budgétaires. Les motifs de cette action de force du syndicat restent incompréhensibles. Le ministère ne tolérera aucune atteinte aux usagers et étudie ses options. »



