La Jordanie rompt le silence après de nouvelles frappes de missiles iraniens

Face aux tirs répétés de missiles iraniens, la Jordanie durcit le ton contre Téhéran. Malgré les risques d'escalade, Amman réaffirme son alliance militaire stratégique avec les États-Unis.

YnetAuteur : Lior Ben Ari
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La Jordanie rompt le silence après de nouvelles frappes de missiles iraniens
Photo : Ynet / צילום: AP, Airbus, AP Photo Alex Brandon, Shutterstock

La Jordanie, allié historique des États-Unis au Moyen-Orient, subit de plein fouet les répercussions de sa coopération militaire avec Washington. Depuis plusieurs mois, le royaume hachémite est la cible de frappes de missiles et de drones en provenance d'Iran. Si Amman a longtemps privilégié le silence pour éviter l'escalade, les autorités jordaniennes ont récemment opéré un tournant diplomatique majeur.

Malgré les menaces sécuritaires, la Jordanie réaffirme son engagement envers son alliance avec Washington. Ce partenariat, consolidé au fil des décennies, constitue le principal rempart du royaume contre les tentatives iraniennes de déstabilisation régionale.

L'alliance stratégique avec Washington

Depuis son accession au trône en 1999 succédant à son père le roi Hussein, le roi Abdallah II a constamment renforcé les liens avec les États-Unis. Parfaitement bilingue, il bénéficie d'un large soutien bipartisan au Congrès américain. Le président américain Donald Trump l'a qualifié par le passé de « l'un des plus grands dirigeants du monde », tandis que l'ancien président Joe Biden a salué à plusieurs reprises son leadership.

Dans le cadre de cette coopération, la Jordanie a fourni un soutien logistique et de renseignement crucial lors de l'intervention en Irak en 2003, et a activement participé à la coalition internationale contre l'État islamique en Syrie et en Irak.

L'analyste politique jordanien Amer Sabaileh a indiqué à l'agence AFP que l'alliance avec les États-Unis reste pour le roi Abdallah II le seul moyen de garantir la sécurité de son royaume face aux menaces iraniennes. Sean Yom, professeur à l'université Temple, souligne que les élites jordaniennes perçoivent le soutien de l'Iran aux milices chiites en Irak, aux factions palestiniennes armées et aux réseaux de contrebande de drogue en Syrie comme une menace directe pour la couronne.

Présence militaire américaine et aide financière

En 2021, Washington et Amman ont signé un accord de coopération de défense, accordant aux forces américaines l'accès à 12 installations militaires à travers le pays. Selon David Schenker, chercheur au Washington Institute for Near East Policy, la base aérienne de Muwaffaq Salti est devenue un hub logistique majeur pour les avions de transport C-17 et environ 60 avions de chasse américains.

Schenker, qui a dirigé les affaires du Moyen-Orient au Département d'État sous la première administration Trump, explique :

« La Jordanie offre une profondeur stratégique immense. Sa position géographique est essentielle pour les opérations contre l'Iran, mais cela en fait également une cible. Ces attaques ne visent pas seulement les forces américaines, elles ciblent aussi directement le roi Abdallah II. »

Environ 50 000 soldats américains sont actuellement déployés au Moyen-Orient. Schenker estime qu'au moins 8 % du budget annuel de la Jordanie (soit 1,47 milliard de dollars) provient directement de l'aide financière américaine. En mai dernier, le Pentagone a repositionné des effectifs et des équipements depuis l'Irak vers la Jordanie afin de les protéger des tirs de missiles iraniens.

Durcissement de la position jordanienne

Après une série d'attaques passées sous silence, Amman a choisi de réagir publiquement. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a déclaré :

« L'Iran nous attaque, ainsi que plusieurs autres pays de la région, bien avant que cette guerre ne commence. »

Safadi a souligné que si la Jordanie aspire à de bonnes relations avec l'Iran, Téhéran doit cesser de soutenir la contrebande d'armes et de drogue et de tenter de déstabiliser le royaume. Le même jour, le ministère jordanien des Affaires étrangères a condamné les attaques iraniennes contre le Koweït.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a réagi avec ironie, demandant combien de temps l'Iran devait attendre avant de riposter et accusant implicitement Amman de permettre l'utilisation de son espace aérien par les forces américaines.

Sur le terrain, la tension reste vive. Le 2 septembre, l'armée jordanienne a annoncé avoir intercepté 10 des 13 missiles balistiques tirés depuis l'Iran. Le 31 août, huit autres missiles ont été détruits par la défense aérienne jordanienne. Récemment, des interceptions au-dessus du nord d'Israël, visibles depuis le lac de Tibériade, ont été confirmées par Tsahal comme ayant été menées par les systèmes de défense jordaniens.

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