Israël investit dans l'innovation médicale — mais peine à l'adopter
Malgré des investissements massifs dans le secteur Health-Tech, Israël rencontre des difficultés à intégrer ses propres innovations médicales dans son système de santé local.

Pendant des décennies, Israël a bâti l'une des industries des sciences de la vie et des technologies de la santé (Health-Tech) les plus avancées au monde. Rien qu'en 2024, environ 2,7 milliards de dollars ont été investis dans des entreprises israéliennes du secteur, soit une hausse de 25 % par rapport à l'année précédente, et l'Autorité de l'innovation a octroyé environ un demi-milliard de shekels en subventions. L'État comprend le potentiel économique et technologique de ce secteur et investit pour que les entreprises locales développent la médecine de demain.
Cependant, un paradoxe persiste. Si l'État encourage l'innovation et l'exportation, le parcours d'une nouvelle technologie médicale au sein du système de santé local reste long et complexe. Une fois les étapes de développement et de réglementation franchies, les défis d'intégration demeurent : les hôpitaux et les caisses de santé (Kupot Holim) fonctionnent avec des budgets limités, les processus d'achat sont longs, et l'introduction d'un nouveau traitement exige des projets pilotes, la preuve de la viabilité économique, la formation des équipes et l'adaptation aux parcours de soins existants.
L'un des obstacles majeurs est que l'entité qui finance la technologie n'est pas nécessairement celle qui bénéficie des économies générées. Un hôpital peut supporter les coûts d'un nouveau traitement aujourd'hui, tandis que les économies futures sur les réhospitalisations ou la rééducation se reflètent dans le budget de la caisse de santé. Résultat : même une technologie prouvée peine à passer au stade de l'utilisation généralisée. Il arrive ainsi qu'une technologie israélienne soit utilisée à l'étranger alors que le patient israélien n'y a pas accès.
Il s'agit d'un enjeu à la fois médical et économique. Israël consacre environ 7,6 % de son PIB à la santé, contre 9,3 % en moyenne dans les pays de l'OCDE, tout en faisant face à des contraintes de main-d'œuvre et d'infrastructures. Dans ce contexte, la technologie médicale doit être évaluée non seulement par son coût d'achat, mais aussi par le coût du renoncement à son usage.
L'importance de cette approche est visible dans tous les domaines : un diagnostic précoce permet d'éviter des traitements coûteux, la surveillance à domicile réduit les hospitalisations, et les procédures mini-invasives accélèrent la rééducation. L'innovation doit être mesurée par le coût total du parcours patient qu'elle transforme.
La solution réside dans la création d'un parcours d'évaluation plus rapide et structuré, permettant aux hôpitaux et aux caisses de santé de mener des pilotes et de collecter des données en conditions réelles. Cela est également crucial pour l'avenir de l'industrie biotechnologique israélienne : le système de santé local peut servir d'environnement de validation pour les entreprises nationales. Un pays qui investit dans l'innovation mais peine à l'adopter chez lui se prive d'une partie du retour sur investissement. L'innovation médicale doit être un moteur d'efficacité pour un système de santé appelé à faire plus avec moins.
Alon Kushnir est le PDG de l'entreprise biomédicale israélienne RedDress.





