Israël et la Turquie : vers une rivalité géopolitique durable
Les tensions entre Israël et la Turquie s'inscrivent désormais dans une rivalité géopolitique durable, indépendante des changements de dirigeants à Jérusalem. La Syrie demeure le principal point de friction militaire.

Les frictions diplomatiques et stratégiques entre Israël et la Turquie se transforment en une rivalité géopolitique à long terme qui dépasse les tensions personnelles entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président turc Recep Tayyip Erdogan, selon une récente analyse du chercheur Mustafa Enes Asan pour l'institut de recherche InstituDE.
L'étude met en lumière un rapport publié le 23 octobre par l'Académie nationale du renseignement de la Turquie, placée sous l'égide de l'organisation turque du renseignement (MIT), intitulé « L'anatomie de l'expansionnisme israélien ». Ce document dépeint Israël comme un rival stratégique majeur d'Ankara, avertissant que la politique régionale israélienne relève d'une trajectoire institutionnelle profonde et non d'une simple phase politique transitoire.
Selon Asan, ce document reflète le consensus dominant au sein de l'appareil sécuritaire turc, où Israël est désormais perçu comme un concurrent direct pour la définition de l'ordre régional, et non plus seulement comme un État engagé dans un différend ponctuel lié au conflit à Gaza.
Une continuité stratégique au-delà des changements politiques
L'analyse d'InstituDE a été publiée au lendemain des élections législatives pour la 26e Knesset, qui se sont achevées sans majorité claire pour les blocs politiques. Malgré cette impasse institutionnelle, Asan soutient qu'un changement de dirigeant à Jérusalem ne modifiera pas fondamentalement les orientations de la politique étrangère et sécuritaire d'Israël.
Bien que d'autres figures politiques, comme l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot ou l'ancien Premier ministre Naftali Bennett — qui a qualifié la Turquie de « nouvel Iran » —, puissent présenter des styles différents de celui de Netanyahu, leurs doctrines sécuritaires de fond concernant l'Iran, la Syrie et le Liban demeurent largement alignées sur les impératifs de défense de l'État.
La Syrie au cœur des frictions militaires
L'un des axes centraux du rapport turc concerne la Syrie, présentée comme le théâtre où les intérêts stratégiques des deux puissances s'entrechoquent de la manière la plus risquée. Ankara privilégie le renforcement des gouvernements centraux et des institutions étatiques stables chez ses voisins, tandis que le rapport attribue à Israël une préférence pour des États fragmentés afin de préserver sa liberté d'action militaire transfrontalière.
Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie est devenue l'épicentre de la concurrence bilatérale. Le chercheur avertit que, en l'absence d'une médiation diplomatique américaine constante, l'élargissement de la présence militaire des deux nations sur le sol syrien accroît considérablement les risques de confrontation directe.
Concurrence économique et corridors commerciaux
La rivalité s'étend également à la Méditerranée orientale et aux routes commerciales stratégiques. Ankara surveille de près le renforcement des alliances d'Israël avec la Grèce et Chypre, y voyant un dispositif visant à limiter son propre espace de manœuvre maritime.
Sur le plan économique, la Turquie considère le projet de corridor commercial reliant l'Inde au Moyen-Orient et à l'Europe (IMEC) comme un défi direct à ses ambitions de plaque tournante logistique, la poussant à promouvoir des alternatives telles que le projet de route de développement à travers l'Irak.
Alors que des responsables américains ont minimisé la rhétorique enflammée entre les dirigeants comme une simple posture politique, l'analyse conclut que les perceptions sécuritaires en Turquie ont fondamentalement changé, garantissant la persistance de cette rivalité géopolitique indépendamment des évolutions politiques à Jérusalem.





